dimanche, 22 juin 2008

Tout ce qui est caché sera connu

12e dim A –22 juin 08–« Tout ce qui est caché sera connu »cf.Jr 20,10-13 ;Rm5,12-15 ;Mt10,26-33

1-         Un très grand peintre japonais, Hokusai, qui vivait il y a deux siècles, a fait cette confidence, alors qu’il venait d’avoir 75 ans ‘dès l’âge de 6 ans, j’ai commencé à dessiner toutes sortes de choses. A 50 ans, j’avais publié de nombreux dessins, mais rien de ce que j’ai fait avant ma 70e année ne mérite vraiment qu’on en parle. C’est à 73 ans que j’ai commencé à comprendre la véritable forme des animaux, des oiseaux et des poissons, et la nature des plantes et des arbres. A 80 ans, j’aurai pénétré plus avant l’essence de l’art. à 100 ans, j’aurai peut-être atteint vraiment le niveau du merveilleux et du divin. Quand j’aurai 110 ans, chaque point, chaque ligne de mes dessins possédera sa vie propre…’ Ainsi, apparaît-il que beaucoup de choses apparemment visibles, en fait n’ont pas d’importance ; les choses importantes, les choses vraies sont cachées et la vie nous apprend qu’il faut de la durée pour qu’elles soient connues. Elles peuvent aussi dans leur dévoilement provoquer de l’incompréhension, voire du refus et même de la violence. C’est ce que nous montrent les textes de la Bible.

 

2-         Les prophètes de la Bible ont été en proie à cette violence, dès lors qu’ils annonçaient, non des nouvelles qui vont dans le sens du poil, mais des paroles de vérité qui mettent en cause les idées reçues, les évidences et aussi, tout ce qui, même faux, rassure le peuple à bon compte. Jérémie, Amos, Osée, la liste des prophètes persécutés est longue. Pourtant, ils ressentent vivement le devoir de révéler le secret des choses au peuple malgré les persécutions. Parce qu’ils font confiance en Celui qui les envoie : Dieu. Ils peuvent ressentir de la peur. Mais au fond d’eux mêmes, ils se savent puissamment soutenus par le Seigneur. Et ils l’éprouvent par expérience mais aussi, comme dira St Paul, c’est par une grâce insigne donnée en Christ, que ses témoins tiendront jusqu’au bout.

            Dans son discours d’envoi en mission, Jésus s’adressait aux Douze en les initiant à la fois au bonheur de rendre présent le salut offert aux hommes et à la fois la difficulté de la tâche qui rencontre opposition et incompréhension. La Bonne Nouvelle du salut est un secret qui met en cause les cultures, les systèmes de pouvoir, les structures familiales, les convictions personnelles. Mais sa force demeure dans la conversion profonde qu’elle opère dans les cœurs, et dans le chemin nouveau qu’elle ouvre de manière définitive. Car tout paraissant désormais clair, lumineux et vrai, les forces obscures et violentes n’ont plus de poids. Elles ne peuvent toucher l’âme, siège de la relation amoureuse avec le Christ. Le corps, c’est à dire, l’aspect fragile de l’être, et qui passe finalement, pourra bien subir outrages ou tortures, et même disparaître, demeurera alors, plus que tout, une présence infiniment dense, d’amour et de lumière, qui ne sera dévoilée qu’à la fin. Les disciples le savent, ils ont envie de le communiquer, mais les oreilles ne sont sans doute pas encore prêtes à l’entendre.

 

3-         Cela a t-il une importance pour notre aujourd’hui ?

Tout d’abord, il peut nous arriver d’éprouver de la crainte voire de la peur quand il s’agit de dire des choses vraies à quelqu’un. Et combien plus quand il s’agit de témoigner devant les autres nos convictions profondes : peur du qu’en dira t-on, peur de perdre sa réputation, de ne plus être crédible ; peur aussi de manquer d’assurance. Mais la peur renferme sur soi !

Or, notre faiblesse, il convient de l’accepter. Mais aussi, comprendre que nous avons la capacité d’entrer dans un chemin de confiance avec le Seigneur. Ainsi, beaucoup de choses deviennent possibles : la parole, le témoignage, l’engagement. Non parce qu’elles tiennent à nos talents ou nos qualités, mais parce qu’elles s’appuient sur la grâce, la force du Seigneur.

Ainsi, une maturité se construit. Quelquefois très tôt. La maturité n’est pas l’inconscience. C’est avoir compris où est l’essentiel – et pour un chrétien, c’est le Christ ; tout le reste devient relatif – c’est laisser grandir une confiance qui sera ressourcée dans la contemplation du mystère du Christ et dans une relation à d’autres, qui vivent et témoignent comme nous. Seul on peut éprouver de la peur ; mais pas quand on est ensemble, en communauté.

Prions car tout ceci demeure caché au plus grand nombre. Que toutes ces richesses de vie portées par les croyants continuent à irriguer le monde et lui fassent connaître le secret de vie.

dimanche, 15 juin 2008

Vous avez reçu… donnez…

11e dim A – 15 juin 2008 – « Vous avez reçu… donnez… » cf. Ex 19, 2-6 ; Rm 5,6-11 ; Mt 9,36-10,8

1-         C’est l’histoire d’une dame très généreuse, rendant beaucoup de services, à son mari d’abord, puis à ses enfants ; levée tôt, couchée tard, la course le mercredi !, le travail la semaine et le repassage le dimanche. Un jour elle en a eu marre et elle est partie. Non reconnue, non appréciée, on ne s’était pas rendu compte de tout ce qu’elle donnait. Telle autre, marquée par ses origines, ayant tout reçu de ses parents et en ayant conscience, s’est dit : je ferai pareil, rendre heureux ceux qui m’entourent car j’ai reçu le plus beau des cadeaux, la vie et l’amour. Et ainsi, a continué jusqu’au bout quoi qu’il en coûtait. Ainsi, peut-on s’interroger sur le fond de notre vie : qu’a t-on reçu ? que donnons-nous ? et comment ? C’est aussi l’expérience que la Bible nous propose.

 

2-         Il n’y a jamais dans la Bible une demande de quoi que ce soit qui ne soit d’abord précédée par un don. Dieu donne et c’est cela qui est premier. Dieu crée. Dieu libère. Dieu sauve. Il faut s’aviser de cela tout d’abord. C’est alors qu’on peut entrer dans un dialogue d’Alliance. Dans le Livre de l’Exode, Dieu, par l’intermédiaire de Moïse fait vivre une expérience de libération à un peuple en esclavage. Les tribus libérées peuvent voir l’œuvre de Dieu dans laquelle il n’ont pas eu d’autre effort à fournir qu’à suivre dans la confiance. Ils deviennent capables de former un peuple particulier qui suivra les commandements d’amour du Seigneur. De même les apôtres dans l’évangile, ils voient avec les yeux de Jésus, toute son œuvre, ses paroles, ses guérisons de l’esprit et du corps. Ils voient aussi l’abondance de la moisson à engranger dans le cœur des hommes. Parce qu’ils ont eux mêmes déjà bénéficié de ces paroles et de ces guérisons, ils deviennent capables de porter la bonne nouvelle sans effort, simplement en donnant ce qu’ils ont déjà reçu. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. Sans attendre de résultat. Sans vouloir de résultat. Comme fait Dieu lui-même. Et cela est très libérant. Les apôtres ont été envoyés dans leurs lieux familiers, pour rendre simplement présente la gratuité qui vient de Dieu. Nous ne sommes pas une religion du Livre ni les Apôtres, des missionnaires du Livre. Mais une religion de la communauté, une communauté qui parle et agit au nom de Dieu. Dieu n’agit pas et ne nous parle pas directement, mais par l’intermédiaire des hommes. Il nous rejoint et nous aime les uns par les autres. C’est ainsi que se construit la communauté. Le temps de l’Exode a construit un peuple. Le temps des Apôtres rassemble les peuples dans des communautés où se vit la présence de Jésus qui parle, guérit, sauve. Avec des bienfaits pour tous.

 

3-         Qu’est ce que cela produit en nous aujourd’hui ?

Tout d’abord, il s’agit de voir l’œuvre de Dieu en nous. Chacun a beaucoup reçu. Est-ce que nous pouvons regarder cela. Malgré les difficultés ressenties parfois, nous avons été profondément renouvelés par le Seigneur. En avons nous conscience ? regardons nos vies : avec nos enfants, nos parents, nos frères, nos sœurs ; contemplons et rendons grâce !

Ensuite, cette œuvre de Dieu ne peut pas être gardée pour soi. Tout ce qui est partagé est multiplié ; tout ce qui est conservé pourrit et disparaît ! il s’agit de donner ce qu’on a reçu. C’est simple. Chacun a une chose à donner, ne serait –ce que son sourire, son accueil, sa porte ouverte. Mais si on ne donne rien et jamais rien, on en mourra et personne ne nous regrettera.

Enfin, tout ceci prend sens dans la communauté. Nous avons du mal à faire communauté et c’est pourtant si simple. Il suffit de donner un tout petit peu de soi même et tout se multiplie dans la communauté : la joie, la paix, le bien être mais aussi la guérison des maladies de l’esprit et même du corps ! on n’y croit pas, je sais ! mais c’est parce qu’on en croit pas à la communauté ! ni que l’œuvre de Dieu se multiplie grâce à la communauté !

Prions pour que les enfants présentés au baptême qui est l’œuvre de Salut de Dieu entrent dans cette communauté, que leurs parents les y entraînent, et aussi, que tous ceux qui sont dans cette perspective développent toujours plus les dons reçus et les offrent autour d’eux.

dimanche, 08 juin 2008

Sur les pas de Moïse

8 juin 2008 – Dimanche inter-générations : « Sur les pas de Moïse » - cf. Ex 20, 1-19 ; Mt 5, 1-16

1-         Un père avec son fils se sont disputés longtemps. Le papa portait un rêve pour son fils aîné. Il lui a fait faire de bonnes études. Il l’a préparé à obtenir une bonne situation. Et voilà, le fils a choisi une autre voie. Tourné vers l’artisanat, la peinture, il mène une vie ascétique dans un petit village loin de sa famille. Ils ne se comprenaient pas. Et puis un jour, ils se sont rencontrés ; ils se sont demandé mutuellement pardon. Et tout a changé ; chacun a pu accepter et respecter l’autre dans ses idées, ses projets ; ça ne veut pas dire qu’ils soient d’accord, mais ça veut dire qu’ils peuvent s’estimer mutuellement et laisser l’avenir ouvert ! leurs routes désormais sont unies, non par le côté naturel des choses mais parce qu’ils le décident ainsi. On peut dire que c’est comme une alliance établie entre eux.

 

2-         L’alliance est dans l’histoire biblique ce qui a profondément marqué les relations entre Dieu et son peuple. Pour faire alliance, il faut être deux. Le peuple hébreux était en esclavage en Egypte. Il était faible et écrasé. Qui aurait eu l’idée de faire alliance avec lui ? ce ne pouvait pas être un autre peuple ; humainement, personne n’avait intérêt à faire alliance avec des esclaves. C’est Dieu, seul, lui, le Puissant, le Libérateur, le Sauveur qui va gratuitement, libérer ce peuple en choisissant Moïse pour guider ses frères. Et il va leur donner une charte de l’alliance, vous savez, comme les fiancés vont faire une déclaration d’intention avant de célébrer leur mariage. Et que dit cette charte ? elle dit en 10 paroles comment vivre libre et comment vivre toujours. Vivre libre en n’étant plus asservi à aucune idole ; les idoles construites de main d’homme ou par l’imagination asservissent l’esprit et écrasent les peuples. Vivre libre en consacrant du temps à une respiration, en pensant de temps en temps mais régulièrement au Créateur et Libérateur qu’est Dieu, par exemple en lui consacrant un jour par semaine. Vivre libre en respectant son prochain et tout ce qui lui revient, seule condition pour être respecté soi même. Ainsi, cette alliance est un dialogue heureux entre les 2 partenaires que sont Dieu et le Peuple.

            Est-ce que cette alliance va durer ? pas toujours ! car un des 2 partenaires va faillir. Et il s’en trouvera malheureux. Mais l’autre, Dieu, va rester toujours fidèle et au bout du temps, il décidera que ce n’est pas suffisant de faire alliance avec un seul peuple. Il envoie son Fils Jésus pour que cette alliance soit avec tous les peuples de la terre. Jésus va proposer une charte du bonheur. Ce sont les béatitudes : Heureux …

            C’est comme un deuxième niveau, un plus, quand la base du respect de Dieu et de l’homme en même temps est assurée. C’est parce que Dieu a déjà tout fait qu’on peut se mettre au cœur de sa mentalité, de sa manière, de son œuvre. Et se mettre dans les mêmes dispositions que Lui. Etre pauvre de cœur c’est être comme Dieu, qui ne s’impose jamais, mais en qui il y a la place pour tout le monde, y compris pour le plus affreux des humains. C’est pardonner, c’est user de bonté, c’est vouloir et créer la justice et la paix, quoi qu’il en coûte de sa personne, de sa réputation, de ses biens, comme Jésus lui-même. C’est enfin accepter d’être mal vu, d’être maltraité et même persécuté : les valeurs du Royaume ne sont pas celles du monde mais elles sont capables de soulever le monde !

 

3-         qu’est ce que je vais en faire pour ma propre vie ?

D’abord, nous devons rêver. Rêver qu’un monde nouveau est possible avec Dieu. Malgré tous les obstacles qui viennent des systèmes et du cœur de l’homme, il s’agit de percer d’espérance et de ne pas reculer dans cette espérance. C’est porter une lumière dans le monde.

Ensuite, bien mesurer que jamais Dieu ne nous décevra. Ce qui nous déçoit c’est notre propre faiblesse. Mais peu importe, celui qui est notre allié est puissant et il tiendra toujours.

Enfin, ne pas avoir peur. Et surtout pas peur des autres. Les autres, quels qu’ils soient, sont des amis avec qui il est toujours possible de faire alliance. Surtout tenir dans la prière ; la prière est très puissante. C’est par la prière que nous devenons capables de vivre en Alliance.

dimanche, 01 juin 2008

Construire sa vie sur du solide

9e dim A – 1er juin 08 – Construire sa vie sur du solidecf. Dt 11,18.32; Rm 3,21-28 ; Mt 7,21-27

1-         Une vieille maman déjà veuve vient de perdre son fils. Elle me dit : heureusement, je suis croyante, la seule de la famille, et c’est la foi qui me fait tenir. Un jeune me confie : je crois en Jésus ; il est mon ami et je lui confie tous mes secrets. Une jeune femme enceinte doit prendre une décision grave : garder ou non son bébé qu’on vient de découvrir trisomique ; elle demande la prière. Un jeune enseignant décide de partir en coopération dans le tiers-monde ; le poste qu’on lui propose n’est pas celui auquel il rêvait ; en demandant conseil, nous regardons ensemble les motivations profondes qui l’habitent. Ainsi, quotidiennement, nous voyons des situations de personnes qui doivent tenir dans une décision, ou décider sur un point crucial qui ne s’était jamais posé auparavant, ou simplement, approfondir leur sens de la vie à partir de leur foi. Cela concorde avec ce que les textes d’aujourd’hui nous proposent.

 

2-         « Choisis la vie » semble dire le Deutéronome, ce livre de la Bible qui réécrit tout le message de Dieu au peuple d’Israël après que celui-ci ait éprouvé au cours de son histoire quelques hauts et beaucoup de bas. On ne peut pas choisir la vie, la bénédiction de la vie, si on n’a pas d’abord ressenti un bienfait. Non de surface, car en surface, apparaissent beaucoup d’éléments fugitifs, mais un bienfait profond, qui demeure quoiqu’il arrive : par exemple, une expérience où on s’est senti sauvé d’une très mauvaise passe et qu’on ne peut pas oublier. Et en conséquence, parce qu’on en a tiré les leçons, on se maintient dans une ligne de conduite qui nous élève, qui nous maintiendra hors de l’eau. C’est le sens des commandements d’amour du Seigneur. Mais saint Paul dira que ce ne sont pas nos comportements qui  nous sauvent, car nos comportement sont toujours marqués par nos limites, notre péché. Ce qui  nous sauve, et ce sur quoi nous pouvons bâtir la vie, c’est la Croix du Seigneur, son amour qui offre le pardon à tous ceux qui croient en lui. Faire l’expérience d’être sauvé, gratuitement et définitivement nous conduit à la foi, la vraie foi que rien ne peut faire vaciller. Cette foi qu’on voit à l’œuvre en la vie de Jésus. Voici un homme tout simple, qui a vécu des années dans un village de rien du tout, Nazareth, mais qui a approfondi sa relation permanente à Dieu, son Père. En appuyant toute son existence sur le Père, il devient capable de conduire sa vie comme au diapason de la volonté du Père. Il éprouve une immense liberté intérieure, se sentant porté par le Père. Les obstacles ne manqueront pas, les adversaires s’acharneront, l’incompréhension de l’entourage sera un supplice : il ira jusqu’au bout de sa mission en offrant et en donnant sa vie. C’est ce qu’il propose aux disciples à la fin de son ‘discours sur la montagne’ : non pas des paroles, des supplications ou des prières stériles, mais des actes qui disent la vérité profonde qui habite les êtres. Seuls ceux habités par la vérité seront sauvés.

 

3-         en quoi cela nous enseigne-t-il pour notre aujourd’hui ?

Tout d’abord, regarder quelles sont les bases sur lesquelles est fondée notre vie. La vie n’est pas un long fleuve tranquille. Beaucoup d’imprévus surgissent. Comment les gérer ? comment ne pas les subir ? Grâce aux bases reçues par l’éducation, ou revisitées par l’expérience, on devient capable de porter les épreuves, parfois avec l’aide et le soutien des autres.

Ensuite, regardons ce qui donne le sens de la vie : c’est la foi qui nous habite. Cela peut être la foi universelle qui consiste à croire en l’homme ou croire en l’avenir. Cela nous engage déjà. Mais il y a aussi la foi en Quelqu’un qui a traversé avant nous la limite de la mort et qui demeure vivant : le Christ. Il est le rocher d’amour sur lequel nous pouvons nous appuyer.

Enfin, en nous appuyant sur Lui, nous avons envie de nourrir notre foi, d’aller de l’avant, de grandir davantage en amour. C’est ce qu’on appelle la communion. La communion au Corps du Christ vécue avec foi, développe en nous cette solidité que rien n’entame, la présence de l’amour sur quoi nous pouvons bâtir solidement notre vie. La communion est notre nourriture

Prions pour ceux qui n’ont plus de repères dans leur vie, mais aussi, que nous développions la base sûre, la base de la foi que le Seigneur nous donne pour aller sans peine jusqu’au bout.

dimanche, 25 mai 2008

La nourriture qui fait vivre

St Sacrement - 25 mai 08 – Prof de foi –La nourriture qui fait vivrecf. 1Cor 10,16-17 ;Jn 6, 51-58

1-         Est-ce que ce que nous mangeons c’est bon ? On vient de nous apprendre que tous ces beaux légumes éclatants de couleurs qu’on trouve sur les étals, sont remplis de pesticides ! on nous dit aussi, que la nourriture déséquilibrée, riche en sucres et en acides gras, provoque l’obésité déjà chez les jeunes. Et quand on lit la presse, on apprend que beaucoup de personnes en ce moment ne trouvent plus suffisamment à manger à cause des spéculations financières sur les prix des céréales. Oui, la nourriture peut manquer, tout comme elle peut rendre malade. Où trouver la nourriture qui fait vivre, alors ? dans un jardin ! mais quelle sorte de jardin ? savez vous que c’est dans un jardin que l’homme a été installé par le  Créateur selon la Bible et que c’est dans un jardin que Jésus ressuscité s’est montré la première fois aux disciples ? ce n’est pas anecdotique, un jardin ! Beaucoup d’entre nous en font un et pas seulement pour le plaisir, pour y passer un bon temps, aussi pour trouver une bonne nourriture, n’est-ce pas ?

 

2-         Aujourd’hui, les textes nous parlent aussi de nourriture, de la vraie nourriture. Et cette nourriture est pour ceux qui croient au Seigneur, bien sûr. Pour croire, il faut du palpable, du physique, mais pas seulement, il faut que le palpable, le physique, relie à du non palpable, comme le symbole qui unit le visible à l’invisible. Et qu’est-ce que nous voyons ? une nourriture qui est simplement du pain et simplement du vin. Si on s’attache seulement à leur aspect extérieur, c’est comme si on se remplissait le ventre, et c’est tout, comme font les animaux. Mais si on réalise que ce pain, d’abord, nous est donné par quelqu’un, alors on pensera à ce quelqu’un et ce quelqu’un ne peut être qu’une personne qui nous aime ! et si on pense ensuite, que ce pain n’est pas seulement pour soi mais est partagé avec tous ceux qui y croient, alors, le cœur va s’ouvrir à la dimension de tous les frères qui partagent ce même pain. Et il ne s’agit pas seulement de penser à celui qui nous le donne, Dieu, ni seulement de penser à ceux de la même table, les frères, mais penser aussi que ce pain à la fois disparaît en nous et à la fois nous fait vivre, comme le Christ meurt et ressuscite. Ainsi, dans ce symbole du pain, nous entrons dans tout un monde : Dieu nous le donne, le Christ l’accomplit, les hommes sont transformés. C’est pourquoi, nous ne pouvons pas laisser de côté ou marginaliser cet événement que nous vivons autour de ce pain : le pain véritable qui devient, par l’œuvre de l’Esprit Saint, le corps même du Seigneur. C’est le trésor de notre foi, porté dans l’intimité du cœur par les croyants depuis deux mille ans jusqu’à aujourd’hui.

 

3-         A quel niveau cet événement peut-il nous toucher aujourd’hui ?

Tout d’abord, nous sommes des héritiers. Comme des héritiers, nous pouvons dilapider l’héritage ou bien le faire fructifier. Qu’allons-nous faire ? seule notre conscience peut répondre ! toute tradition est bonne quand elle est vivante. Si la tradition ne permet aucune vie, elle est déjà morte, comme l’est tout objet de consommation. Mais si dans la tradition, on trouve du sens, des orientations pour des conduites de vie, alors, on continuera à transmettre

Ensuite, un jour, nous avons été introduits dans une église. Nous avons été symboliquement plongés dans les eaux du baptême. C’est alors que tout a commencé. Le visible, nous l’avons en souvenir. Mais l’invisible : il demeure présent. La vie divine qui transforme a été là semée. A t-elle germé ? si elle a germé, a t-elle poussé ? si elle a poussé, s’est-elle développée ? si elle s’est développée, est-ce qu’elle nous nourrit ? cette vie divine grandit de plus en plus, quand nous nous rassemblons avec les frères autour de la même table, pour partager le repas du Seigneur. Et c’est cela seul qui nous donnera comme des ailes pour porter les événements de la vie ! la nourriture de vie conduit à l’action et ramène à la contemplation.

Enfin, n’oublions jamais que nous sommes en croissance, et ce, jusqu’à la fin de nos jours. Nos artères peuvent bien vieillir avec le temps, jamais notre foi. C’est dans une éternelle jeunesse que nous sommes entrés. Le Seigneur, en nous donnant sa Vie, a franchi toute limite. Il nous portera toujours au-delà de nous mêmes. Continuons sur ce chemin ! Nous, ensemble !

dimanche, 18 mai 2008

Diversité, unité et communion

Sainte Trinité – année A– 18 mai 08 – Diversité, unité et communion –cf. 1Cor 13,11-13 ;Jn3,16-18

1-         Qu’est-ce qui nous meurtrit le plus, c’est tout ce qui devrait rester uni et qui se désunit. Qu’est ce que nous regrettons le plus ? c’est ce qui divise, sépare pour toujours, sans espoir de retour. Et souvent à partir de bagatelles, des taupinières qui deviennent des montagnes. Mais qu’est ce que nous désirons de mieux ? c’est l’unité, la communion, l’entente, le bien-être ensemble. Et cela dans la famille, dans l’entourage, au travail, et sur la terre des hommes. Ce désir profond, nous l’éprouvons à certains moments : quand un couple de forme, quand on accueille un enfant, au retour d’un être cher, quand on découvre un nouveau milieu de travail, quand on s’installe dans un nouveau quartier. J’ai rencontré une famille qui se retrouve chaque samedi ensemble et ils sont plus de 20 à chaque fois autour de la table. Communion dans la diversité. C’est le sens de la fête d’aujourd’hui où nous célébrons la Sainte Trinité.

 

2-         Le terme de Trinité est un mot obscur connu dans le calendrier mais qui n’existait pas au commencement du christianisme. Ce n’est que vers le 4ième siècle que cette expression a commencé à être employée par les chrétiens pour désigner le nom de Dieu. Car Dieu est toujours Dieu, quelque soit l’appellation qu’on lui donne. Et si les religions ont rivalisé pour lui donner chacune un nom spécifique, et ça a pu être l’occasion de bagarres, parfois sérieuses, c’est aussi à cause de l’expérience que les hommes ont fait de la divinité. Et cette expérience n’est pas quelque chose d’extérieur qu’il faut assimiler, c’est bien plutôt une production intime, intérieure qui produit du sens non seulement pour croire, mais aussi pour vivre dans le quotidien. Dieu créateur de l’univers a été éprouvé comme Père. Père de toute la création. Père de tous les hommes. Mais Il n’a pas voulu rester lointain, immuable, Il a voulu par amour, entrer dans l’histoire des hommes. En devenant homme en la personne de Jésus, les disciples L’ont reconnu comme le Fils du Père. Ensuite, en méditant sur l’allure de ce Fils du Père, on a découvert que c’était l’image parfaite du Père. Et que le Père était un amour qui se communiquait pleinement au Fils et que le Fils ne gardait rien pour lui-même et le rendait au Père dans une profonde unité, dans une communion d’amour. Et que cette communion portait un nom : l’Esprit d’amour qui introduit dans l’intimité du Père et du Fils, toute l’humanité qui accepte d’être aimée et donc sauvée. Et c’est tout cet ensemble qu’on appelle Trinité d’amour, Trinité bienheureuse. Ainsi Dieu est une diversité tellement unie d’amour qu’Il est une communion dans laquelle tout homme qui aime est reçu et sauvé.

 

3-         Cela a bien sûr des conséquences.

Tout d’abord, le respect de toutes les croyances. Dieu n’est pas un personnage sur-puissant qui s’impose aux consciences, même si c’est l’image véhiculée par des religions dans l’histoire. Dieu est un être d’amour qui n’est qu’amour, qui ne veut être qu’amour pour la création entière, malgré tout le mal produit par l’homme. Il respecte et accompagne chacun dans sa quête de vérité, en l’aimant jusqu’au bout, même si au bout de tout, on Le rejetait.

Ensuite, en Jésus, Dieu se fait solidaire de toute l’humanité. Partageant ses souffrances et ses échecs ; et aussi ses espoirs et ses succès. Il signifie aussi en Jésus l’essentiel de la vie humaine. On réussit sa vie quand on se donne aux autres, quand on aime malgré toutes les raisons de ne pas aimer, quand on pardonne du fond du cœur à ceux qui produisent le mal.

Enfin, pour ceux qui ont fait l’expérience de cette unité divine, spécialement nous, les croyants, lui rendre un culte qui soit vrai et accepté c’est traduire dans notre vie la foi en la Trinité. Comment ? En reconnaissant sous les traits de quiconque et spécialement des souffrants, le visage de Dieu et donc tout faire pour eux, parce qu’il s’agit du visage de Dieu. Et dans la communauté des croyants, donc entre nous, construire sans cesse une parfaite communion des cœurs, dans le respect mutuel et l’amour fraternel. Tout le reste n’est que mensonge et hypocrisie !

Demandons à Dieu que ces enfants baptisés aujourd’hui, introduits dans la communauté de l’Eglise, puissent faire, par notre exemple, un chemin de vie qui soit communion d’amour.

dimanche, 11 mai 2008

Pentecôte 2008

Pentecôte – 11 mai 08 – « N’ayez plus peur avec l’Esprit » cf. Ac 2,1-11 ; 1Cor 2,3-13 ; Jn 20, 19-23

1-        Tous les jours, on entend, et c’est vrai : le prix du gasoil qui monte, la nourriture qui coûte plus cher, les menaces sur l’environnement, on ne sait pas bien comment on va faire l’hiver prochain pour se chauffer …n’y aurait-il que des mauvaises nouvelles ? Quand les indicateurs des moyens de vivre virent au rouge, on commence à prendre peur. Et si le bruit des malheurs du monde se font plus forts, la peur redouble. Cette peur qui en définitive prend visage de ‘peur de l’autre’, quel qu’il soit, est celle qui enferme les cœurs et brise tout élan et dynamisme. Comment réveiller l’espoir ? comment remettre en route ? comment reprendre confiance ?  Mais aujourd’hui, le message nouveau de l’espérance nous vient : c’est la fête de Pentecôte !

 

2-        Le texte de la Pentecôte au Ch 2 des Actes des Apôtres nous met dans cette dynamique. Cette dynamique est une énergie de vie, d’enthousiasme, de communication. Elle trouve son origine dans la tradition de la Fête de l’accueil de la Loi par le peuple d’Israël sorti de l’esclavage d’Egypte avec Moïse. Ils étaient esclaves, enfermés dans les soumissions, les conditionnements et les peurs. Et voici ouverte une nouvelle voie, une large route avec une solidité sur laquelle ils pourront s’appuyer désormais : une règle de vie reçue de Dieu, des valeurs et bien davantage, une manière de se situer dans le monde, qui engage les êtres vers un meilleur. Une irruption de vie, matérialisée par des paroles qui se transmettront jusqu’à aujourd’hui.

A la résurrection de Jésus, cette irruption de vie s’est manifestée mais de manière intime, personnelle, dans le secret des relations des disciples ensemble avec Jésus. Les règles de vie reçues par la Loi ne donnent pas d’explication au déchaînement de violence qui les abat ; ils ont peur ; ils se sont barricadés. Mais Lui, toujours vient à eux. « N’ayez pas peur ! je vous donne la paix, accueillez la joie, recevez le souffle, je vous envoie, libérez ceux qui ont peur et reliez ceux qui sont séparés ! » Mais il faudra le jour de Pentecôte pour que cette dynamique rejoigne tous les peuples rassemblés à Jérusalem. Ce n’est plus une Loi qui conduira les hommes, c’est un souffle ! et quel souffle ! le souffle qu’est l’Esprit de Dieu ! Dès lors, plus de crainte car l’Esprit de Dieu est à l’œuvre, plus d’hésitation puisqu’on est assuré par le souffle divin, plus de pessimisme, puisqu’on sera porté toujours vers l’avant. La résurrection du Christ, portée par des êtres fragiles mais transformés par son Souffle, est manifestée au monde dans un langage que tous sont capables de comprendre : le langage dynamique de la vie et de l’amour.

 

3-        Alors, que signifie Pentecôte pour nous aujourd’hui ?

Tout d’abord, ouvrir son cœur et garder son cœur ouvert. Et accueillir l’Esprit. Bien sûr, on l’a reçu au baptême mais l’Esprit a besoin d’être accueilli en permanence. Nous nous engourdissons, des peurs nous assaillent parfois, et l’Esprit que nous avons reçu s’affaiblit. Demandons lui de nous garder ouvert : Viens Esprit saint, emplis les cœurs de tes fidèles !

Ensuite, ne pas céder au pessimisme ; il y a tant de choses qui nous font peur mais il y a tant de choses qui sont habitées du dynamisme de vie. La Pentecôte est toujours nouvelle, chaque fois que nous sommes habités par le bien et que nous le désirons ; quand nous décidons de voir le bien chez les autres et que cette vision se transforme en amour. Viens Esprit saint !

Enfin, l’Esprit est reçu en communauté. La communauté nous révèle la présence de l’Esprit par un signe : chacun à sa place est reçu, avec toutes ses richesses et ses charismes. Et la communauté prend tout son sens quand elle est envoyée, comme le souffle, pour communiquer au monde le message de paix et d’amour pour tous les hommes. Viens ! Va !

Prions pour que nous apprenions à dépasser nos peurs avec le vent de l’Esprit. Que nous apprenions l’audace des commencements, en accueillant le meilleur de notre Eglise et en la développant avec ce que nous inspire l’Esprit. Que nous en témoignions sans crainte : Viens Esprit Saint, allume en nous le feu de ton amour ! Envoie nous aux carrefours du monde !

jeudi, 01 mai 2008

Que veut dire « monter au ciel» ?

1er mai 08 – Ascension du Seigneur – Que veut dire « monter au ciel» ?cf Ac 1,1-11 ;Mt 28,16-20 Homélie inspirée des réflexions de Marcel Domergue, jésuite, rédacteur à Croire aujourd’hui .

L’Ascension est déjà là quand Jésus ressuscite : en effet, il ne ressuscite pas à sa vie antérieure mais dans ce que l’on peut appeler la vie de Dieu. C’est pourquoi les évangiles nous le montrent insaisissable. Il se montre quand il veut, mais seulement pour faire comprendre aux disciples qu’il est bien vivant, même si cette nouvelle vie est tout autre. Matthieu ne parle pas d’ascension. Pour Jean et Marc, il n’y a aucun intervalle entre la Résurrection et l’Ascension. Seuls les Actes parlent de quarante jours, nombre symbolique représentatif d’une génération, donc d’une vie. De toute façon Jésus disparaît. S’il est avec eux « jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28,20), ce ne sera plus de la même façon. S’il monte au ciel, c’est évidemment une image, d’ailleurs lourde de signification. En effet, « ciel » n’est pas à prendre au sens cosmologique du terme, comme si Dieu, qui est pourtant reconnu Esprit, donc non localisable, disposait d’un territoire où habiter. L’Ascension n’est donc pas un déplacement à travers l’espace. De quoi s’agit-il donc ?


Le Ciel :
Un mot lourd s’il en est. Il représente en premier lieu ce qui est « au-dessus », ce qui nous domine. Il est aussi figure de l’inaccessible : même si nous arrivons à l’explorer, nous savons que nous pourrons toujours aller plus loin ; il représente l’inépuisable. Non pas l’infini mais du moins l’indéfini. Il surplombe tout notre univers terrestre ; rien ne lui échappe, ce qui induit l’idée de connaissance parfaite. Puissance absolue également : c’est du ciel, d’en haut, que foudroient les éclairs et gronde le tonnerre. Pluies diluviennes parfois, incontrôlables et souvent meurtrières. Mais il y a aussi la sérénité des ciels bleus et le scintillement des astres. Paix céleste et joie de la lumière. Dans la Bible, au-delà des couches ou étages célestes, il y a Dieu. Ni lui ni son « séjour » ne font partie de cet ensemble cosmique, si bien que l’on peut dire que le « ciel théologique » se trouve partout, aussi bien au-dessous qu’en dessus ; il n’est pas localisable et si l’on veut à tout prix le localiser, il faut dire qu’il est tout proche. Le ciel divin est en quelque sorte la face cachée de notre univers et c’est bien pour cela que les « récits » des apparitions du Christ ressuscité nous le montrent inopinément visible n’importe où, comme si brusquement le ciel crevait la surface de l’enveloppe terrestre. Ainsi, nos morts nous sont aussi proches que le Christ ressuscité.

Les Cieux : En un certain sens le ciel est, pour nous, déjà là. Non encore révélé, mais présent. C’est la proximité enveloppante de l’amour. Plus qu’enveloppante : pénétrante. Les cieux où le Christ monte, c’est en effet l’humanité, nous tous. Nous ne le voyons plus parce qu’il a cessé de nous être extérieur. Cependant il ne vient nous habiter que dans la mesure où nous nous unissons aux autres dans une relation d’amour, de bienveillance : « Là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux » (Matthieu 18,20). La demeure de Dieu, le Temple de l’Esprit, c’est nous faisant corps. Il se produit en quelque sorte un changement de visibilité. Le corps de Jésus de Nazareth nous est devenu invisible, et c’est là un des sens de l’Ascension. voici que Jésus se donne un autre corps visible, ce corps qui est Église. C’est donc nous, ensemble, qui rendons le Christ visible au monde. C’est pourquoi nous lisons en Jean 17,22-23 : « Qu’ils soient un comme nous sommes un (le Père et le Christ), moi en eux et toi en moi, pour qu’ils soient parfaitement un et que le monde reconnaisse que c’est toi qui m’as envoyé… »

Et nous ? C’est donc notre unité qui est maintenant la seule parole par laquelle Dieu se dit au monde. Par moments cela peut nous faire peur, mais cela nous dit dans quel sens doit aller notre marche pour que le ciel puisse habiter la terre. Alors ensemble unis, avec foi, marchons!

dimanche, 27 avril 2008

L'Esprit de vérité et d’amour

6edim Pâques– 27 avril 08 – l’Esprit de vérité et d’amourcf.Ac 8,5-17 ;1Pi 3,15-18 ;Jn 14,15-21

1-         Quand dans notre journée, nous avons entendu des témoins qui simplement ont partagé leur mode de vie on a dit que c’était comme une « conjugaison de l’amour » (allusion au dimanche inter-générations vécu à Linards ce jour). Ce n’est pas dans des choses extraordinaires que se vit le témoignage de l’amour, c’est plutôt, comme disait Madeleine Delbrel, une mystique engagée dans les banlieues rouges de Paris, « vivre les choses les plus ordinaires, de manière extraordinaire, c’est à dire, en y mettant de l’amour ». Ainsi, une assistance sociale, un arbitre de football, un juge, une mère de famille, une syndicaliste etc. chacun et chacune a pu exprimer ce petit élément qui transforme leur vie ordinaire et leur engagement ordinaire en manière extraordinaire. Pourvu que s’y vive le témoignage de l’amour. Et l’évangile de ce jour nous invite à le comprendre ainsi.

 

2-         L’évangile de Saint Jean comporte toute une deuxième partie avant le récit de la Passion sous la forme d’un long discours de Jésus à ses disciples. Non de manière péremptoire ou publique mais comme une confidence au coin du feu faite à des intimes. Jésus va livrer ses paroles ultimes à ses compagnons de la première heure avant de les quitter. Comme un amoureux qui écrit ce qui lui tient le plus à cœur, à sa bien aimée qu’il ne reverra plus. Comme des parents vont donner d’ultimes conseils à leurs enfants avant de quitter ce monde. Pas de fioritures mais l’essentiel. Tout d’abord, s’il les quitte, ce n’est qu’en apparence. Il demeure avec eux vivant dans leur cœur. Vivant c’est à dire avec le même souffle de vie qui les maintient en éveil. Vivant avec un petit plus, c’est qu’ils sont libérés des contingences, de ce qui les limite, pour ouvrir leur cœur comme leur maître à la dimension du monde. Ils ne peuvent rester recroquevillés sur eux-mêmes comme on l’est trop souvent après un deuil qui se prolonge, ou après un échec, ou parfois même après une simple contrariété. Parce qu’il s’agit d’accueillir dans sa vie davantage que soi même : l’Esprit de vie et d’amour qui est d’abord l’esprit de vérité. Avec lui, on n’a rien à craindre de grave. Il nous est donné avec amour par celui qui est la source de l’Amour : le Père céleste. Bien sûr, pour pouvoir l’accueillir, il faut un cœur libre. Où on lui laisse toute la place. Un cœur capable d’aimer. Et pour qu’on soit capable de l’accueillir, Jésus lui-même nous inclut dans sa prière, c’est à dire dans sa relation d’intimité avec le Père. C’est sa vie vive qui nous est communiquée, sans que nous l’ayons mérité. C’est sa propre manière de vivre qui nous est fournie grâce à son propre esprit qu’il nous communique. Cet esprit est véritablement celui qui nous permet de nous unir à sa manière propre et qui nous unit profondément à nos frères qui, avec nous, constituent le Corps du Christ. Ainsi, ce grand amour qu’il nous donne, il l’entretient en nous, nous rendant capables de le communiquer comme dans un souffle, à ceux qui  nous entourent..

 

3-         Comment le mettre en oeuvre concrètement ?

Tout d’abord, vouloir être animé par l’esprit de vérité et d’amour. Il y a à la base une volonté d’accueillir l’Esprit de Jésus. Ce n’est pas un automatisme. L’Esprit de Jésus, même si on ne  le connaît pas, même si on est réticent à tout encadrement d’ordre religieux, est un souffle qui invite le cœur à aimer la vérité, à se faire relais d’amour. En cela, aucune tension quant à une « récupération ». On n’est pas récupéré, on est soulevé par une liberté qui a pour nom amour.

Ensuite, cet esprit de Jésus, pour se déployer dans toute sa force, rencontre en nous des obstacles. La non vérité lui coupe les ailes. L’entêtement l’alourdit. Le retour sur soi l’étouffe. Au contraire, en le laissant agir, en ouvrant davantage son cœur à la vérité, on est entraîné avec un dynamisme qu’on se connaissait pas pour porter avec légèreté tous ses engagements.

Enfin, tout comme l’esprit de Jésus est l’Esprit du Fils et du Père, on ne peut se satisfaire du devoir accompli que si on le relie à la communauté, à la grande famille de ceux qui partagent le même esprit. C’est pourquoi, tous nos gestes d’amour peuvent prendre sens car reliés.

Prions parce que Jésus a déjà prié pour nous. Nous pouvons en faire aussi une prière vivante pour que notre communauté reste fidèle au message d’amour qu’elle a reçu.

dimanche, 20 avril 2008

S’engager sur un bon chemin

5e dim Pâques – 20 avril 08 – S’engager sur un bon chemincf. Ac 6,1-7 ; 1Pi 2,4-9 ; Jn 14,1-12

1-         Quand on commence un chemin de vie, qu’il s’agisse par exemple de la vie commune ou de la vie de mariage, d’une orientation professionnelle ou même d’un chemin de foi, on ne sait pas forcément à l’avance si on fait le bon choix. On peut éprouver une hésitation qui peut être de deux ordres : un malaise profond qui se matérialise par un trouble dans la conscience mais plus fréquemment, un malaise de surface qui ne met pas en cause l’orientation de fond. Il n’est pas aisé de le discerner mais une capacité à le faire tient à quelques moyens dont la mise à distance par un dialogue avec des personnes à qui on fait confiance et qui peuvent nous aider à faire la clarté. Au contraire, si on restait rivé à ses propres sentiments en refusant tout éclairage extérieur, on risque de s’orienter dans une mauvaise direction.  Ainsi ce que peuvent nous enseigner les textes d’aujourd’hui.

 

2-         Les textes des Evangiles, même s’ils nous parlent de la vie de Jésus, ont tous été écrits très longtemps après les événements de la mort et de la résurrection du Christ. Ils ne sauraient être un fidèle reportage des paroles et des actes du Jésus. Par contre, les textes qui nous sont parvenus, l’ont été parce qu’ils ont été retenus par la communauté croyante du 1ier siècle de notre ère qui a reconnu en ces lignes l’esprit et la manière de faire et de dire de Jésus lui-même. Beaucoup d’autres textes mis de côté, ne correspondant pas à cette manière si particulière de Jésus. Même quand ils nous arrivent aujourd’hui, sous formes de révélations sensationnelles, ils nous invitent surtout à mieux regarder les textes des évangiles que nous connaissons. Mettons-nous à la place de Thomas, de Philippe, de Jean, de tous ces disciples de la première heure qui entendent l’annonce du départ de Jésus par sa propre bouche. Un départ vers le Père avec comme un caractère non définitif. Il part et il reste. Il part et il revient. Il part et il demeure. C’est que la Vie du Père ne connaît pas de distance entre notre vie et toute autre vie. La Vie du Père englobe toute vie. Le Père Créateur est présent à toute la création. La vie du Père est entière relation, don tout entier. Personne n’en aurait rien su ni éprouvé si lui-même, le Père, n’avait pris l’initiative de se communiquer aux hommes en la personne du Fils. De cette manière le Père et le Fils sont un. Comme dans un couple, comme dans une unité où chacun garde sa personnalité. Là où est le Père est le Fils et là où est le Fils est le Père. Relation d’amour dans laquelle nous sommes amenés à entrer. Comme un chemin, à la mesure où ce chemin rejoint le chemin qu’a pris Jésus lui-même dans son existence. Chemin où la vérité surgit, chemin qui donne la vie en abondance. Bien sûr, on ne peut arpenter ce chemin que dans la liberté. Cette liberté éprouvée laisse voir que la vie de Dieu n’est pas tant au bout du chemin que comprendre qu’il est lui-même le chemin et qu’il donne en abondance paix et joie pour le continuer.

 

3-         Comment  tout cela prend t-il forme dans notre aujourd’hui ?

Pour commencer, c’est l’expérience d’une proximité. La foi ne peut être lointaine, sinon, ce n’est pas la foi. C’est l’expérience d’une intimité que nous pouvons faire subrepticement quand nous ressentons même après coup une présence intérieure : elle nous a aidé à passer des caps difficiles, à supporter des moments durs, à donner du sens aux moments heureux.

Ensuite, nous éprouvons d’être sur un chemin. Comme nous, beaucoup d’autres. Certains avec qui nous partageons le même chemin. Parce qu’il rejoint des profondeurs, il prend l’aspect de la vérité, de la liberté en actes, de l’amour. Par exemple, il nous permet de nous engager ensemble sur le chemin du mariage pour de bon, pour toujours.

Enfin, c’est notre humanité concrète qui est conduite au-delà d’elle-même. Comme Jésus, qui a conduit notre humanité vers son Père, avec lui, c’est toute notre vie qui prend sens. Désormais, marcher avec confiance car on n’est plus seul. Il restera fidèle jusqu’au bout.

Prions pour tous ceux qui sont au début d’un chemin nouveau dans leur vie. Que nos pensées aimantes rejoignant celles de Jésus les aident à tenir en s’appuyant sur Lui toujours.

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