dimanche, 07 février 2010
À la source d'une mission
5e dim C - 7 février 2010 - À la source d'une mission - cf. Is 6, 1-8 ; 1Cor 15, 1-11 ; Lc 5, 1-11
1- Parmi toutes les figures rencontrées au cours d'un voyage dans des communautés chrétiennes d'Amérique du Sud, il en est une qui m'a marqué : dans les montagnes du Pérou, des femmes indigènes qui tissaient des pièces de laine et les vendaient à vil prix ont été appelées par des missionnaires à s'unir entre elles, pour valoriser leurs liens ordinaires, développer la production, la commercialiser de manière équitable. Cela permit à leurs familles et à leur communauté de vivre avec un peu plus d'aisance, tout en approfondissant leurs relations humaines. Ainsi dans un contexte tout à fait ordinaire, l'événement d'une rencontre prit la forme d'un appel à transformer sa vie. Cet appel fut donc suivi d'effets transformants. On peut voir qu'il en est de même pour les récits rapportés dans les Livres de la Bible.
2- Isaïe, ce prophète dont nous écoutons souvent les extraits de ses paroles, vivait aux environs du 8e siècle av JC. Quand il eut environ 25 ans, il vécut une illumination dans le Temple de Jérusalem qu'il servait, et qu'il décrit de manière fantastique dans le bref passage de ce jour. Une rencontre et un appel. Dieu se manifeste comme quelqu'un qui remplit l'univers mais qui en même temps se fait proche de l'homme. Grandeur de Dieu et finitude de l'homme. Comme une distance qui se révèle là, dans une rencontre. Mais une distance comblée par une sollicitude : Dieu vient vers l'homme et le relève. Car l'initiative guérissante de Dieu rejoint l'homme dans sa quotidienneté, provoquant en retour une réponse, qui ne peut être qu'à niveau de l'expérience, donner du meilleur de soi-même, sans autre effort qu'en accueillant la Source. Dans la même veine, Paul raconte l'expérience qu'il a faite en rencontrant le Seigneur. Non, en donnant le détail de la rencontre, mais en la situant dans une histoire, celle des témoins nombreux qui ont eu aussi ce privilège d'être touchés par la présence du Ressuscité. Rien ne prédestinait Paul à faire cette rencontre dans sa vie. Le persécuteur, sans aucun mérite, a pu accueillir un appel inouï qui l'a propulsé comme témoin de Jésus. L'Evangile a l'air de nous introduire dans cette manière particulière qu'a le Seigneur de remplir le cœur des hommes. Il enseigne aux foules, mais il s'est fait proche de la vie de quelques uns, en montant dans leur barque de pêcheurs et les instruisant de confiance. Il peut leur proposer davantage : lui faire confiance pour des choses qu'ils connaissent bien pourtant. Avancez, jetez les filets ! Pour avoir répondu sans calcul, le résultat se fait au centuple. L'incroyable se dispose là, dans ce quotidien, avec une pêche d'ampleur jamais vue. Ces quelques uns ne pourront plus vivre comme avant. Dans leur cœur, ils découvrent que leur indignité est submergée par une présence qui les guérit et les comble. Et cette présence est une personne qui les a rejoints jusqu'à l'intime. Ils deviennent ainsi des disciples, ceux qui après une expérience forte, se mettront à la même école pour la partager ensuite avec d'autres.
3- En quoi cela peut-il nous enseigner ?
En premier lieu, l'expérience de nos devanciers de la Bible, peut être contemporaine des hommes d'aujourd'hui. Sans doute pas pour tous, mais pour quelques uns qui acceptent de se laisser toucher par la présence au quotidien de Celui qui vient guérir profondément le cœur.
Ensuite, cette expérience de la présence transformante passe par des médiations : fréquentation de quelqu'un, relations vécues dans la durée, prière, méditation de l'Evangile, mais aussi parfois, un événement de notre vie qui serait plus fort qu'un autre et qui nous renverra aux questions essentielles, par ex., « est-ce que ça vaut le coup de continuer à vivre et pourquoi ? ». Une parole alors peut nous être dite en la ressentant comme venant d'En-haut.
A la fin, je peux être propulsé vers un nouvel avenir qui est encore en balbutiement. Je n'ai pas de force particulière mais une présence m'habite. Je peux avancer en confiance pour une tâche qui m'aurait dépassé, pour accompagner des personnes malades ou en difficulté, ou collaborer à une vie qu'on pourra définir apostolique ou missionnaire.
Ainsi, peu à peu, le Seigneur lui-même vient tisser là où ce n'était pas prévu, des existences qui porteront son message, avec d'autres qui auront été touchés par la même Source.
11:00 Publié dans Homélies | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
dimanche, 10 janvier 2010
Baptême du Seigneur
10 janvier 2010 - Baptême du Seigneur C - cf. Is 40, 1 ... 11 ; Tite 2, 11 ..3,7 ; Lc 3, 15 ...22
1- En ce commencement de l'année, chacun s'est échangé des vœux, les organismes, les municipalités, différents responsables se doivent aussi d'offrir leurs vœux à leur entourage. Il en est de même pour nous, les chrétiens, mais quels genre de vœux pouvons-nous nous offrir les uns aux autres ? Serait-ce comme tout le monde ? j'ai envie de dire : oui et non. Oui si nous sommes timides. Non si nous avons envie d'autres choses. Les chrétiens, nous sommes d'abord des disciples de Jésus. C'est à dire, nous regardons comment fait Jésus. Quel genre de vœux offrirait Jésus ? est-ce qu'il en offrait ? C'est ce que nous allons regarder ensemble aujourd'hui à partir des textes.
2- Qui est le prophète Isaïe dont nous lisons fréquemment des textes (comme Jésus lui-même à la synagogue de Nazareth) ? Un auteur multiple associé à des disciples qui écrivent au cours d'une longue période du 8ième au 6ième s av JC, à travers les événements avant, pendant et après l'Exil à Babylone. Et que dit-il : consolez ! n'est-ce pas un vœu ? mais à l'ordre actif ! une urgence fait jour : l'arrivée providentielle de Cyrus permettra la libération des captifs et leur retour à Jérusalem ! Il s'agit alors, de se mettre dans les vues de Dieu. Changer sa manière pessimiste de comprendre la vie. Voir Dieu à l'œuvre à travers les œuvres des hommes qui croient. Qui croient qu'un avenir est possible, qu'une consolation peut être mise en œuvre, qu'un peuple peut être guidé d'une manière neuve et juste, qu'une Providence prend soin des humains. Ainsi se manifestent les actes de Dieu. Et son vœu, c'est : allez-y ! je suis avec vous ! Et ce premier vœu s'est réalisé avec la venue de Jésus. Ou plutôt, est inauguré avec la venue de Jésus. Il sauve. Mais comment ? En se mêlant à l'humanité. Et c'est le passage de l'évangéliste Luc qui montre un peuple en attente. En désir d'un événement ou d'une personne qui le mettra sur le chemin de l'espérance. Alors, il y a une préparation ; il y a des « préparateurs » comme Jean Baptiste. Il a suffisamment médité la Parole pour saisir l'urgence du moment. Dieu a décidé d'intervenir en plongeant l'humanité dans sa vie d'amour, un baptême dans son Esprit qui est l'Esprit Saint. Et l'Esprit est liberté, mais aussi, fécondité, communion, amour intense. Et celui qui le réalise, c'est bien sûr, Jésus, homme jusqu'au bout, en communion intense avec le Père. Il reçoit son baptême, sa plongée humaine dans la vie divine, en l'inaugurant pour tout homme. Et son vœu, c'est : entrez dans le chemin qui donne la vie éternelle ! à l'ordre actif. On a dès lors, envie d'entrer dans cette même destinée de communion, de bonheur, de vie de disciple, enveloppé de la même sensibilité comme une colombe de douceur qui mène loin dans le don de soi, le partage, l'amour. Les vœux de Jésus ne sont pas des paroles, mais des actes qui invitent les cœurs de chacun à faire de même.
3- Comment va-t-on les conjuguer dans notre présent à nous ?
Bien sûr, les temps anciens, y compris le passé récent de l'histoire humaine et chrétienne, ne sont plus les nôtres ; il ne s'agit pas d'imiter, mais d'aller à la même source d'inspiration. Ce qui s'est passé et qui était sans doute admirable grâce à tous ceux qui ont vécu le baptême inauguré par Jésus, ne reviendra pas. Il convient de se voir autrement.
Cependant, nous avons la chance aujourd'hui d'avoir un accès aisé à la Parole de Dieu, de comprendre que le baptême ce n'est pas un rite culturel mais le signe efficace d'une conversion profonde à la manière de Jésus, préparée et accompagnée avec d'autres « convertis » à la grâce de Dieu dans leur vie. Tout est là pour faire du neuf !
Le chemin nous est donc donné de faire de nos vies comme la matérialisation des vœux de Jésus. En nous replongeant en lui, mais avec lui, en consolant, en agissant pour le bien, en s'ouvrant aux autres, en guérissant les cœurs, en sauvant ce qui se perd ...
Demandons à Dieu de vivre davantage en sa présence, de le vivre dans le cœur de notre humanité invitée à devenir davantage pleine d'amour, comme un vœu qui se réalise pour tous.
11:00 Publié dans Homélies | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
dimanche, 03 janvier 2010
Épiphanie du Seigneur
3 janvier 2010 - Épiphanie du Seigneur - cf. Is 60, 1-6 ; Ep 3, 2...6 ; Mt 2, 1-12
1- En ces jours de début d'année, de vœux échangés, encore marqués par les événements de 2009, espérant qu'ils ouvriront de jours meilleurs en 2010, la fête de Noël toute proche nous ouvre à une dimension nouvelle : l'Epiphanie, c'est à dire la manifestation au monde du mystère intime de la crèche de Bethléem. Ce n'est plus la vie toute frêle d'un enfant gardé par des parents et des bergers du voisinage d'une grotte qui est en jeu, mais sa révélation à tous les peuples grâce à la figure des rois d'Orient venus l'adorer. Comme si cette fête nous invitait à relever la tête. Mais aussi ouvrir les bras et les cœurs. En somme, à changer de dimension ! et à trouver le sens !
2- La Bible montre à travers un événement ou une histoire particulière (celle d'une famille, d'un clan, d'un petit groupe d'hommes, d'une petite nation), le rapport avec l'universel, présent dans l'ensemble des peuples de la terre. Comment ce qui arrive à quelques uns peut concerner tous. Ce qu'on vit ici peut donner sens à ce qui se vit ailleurs, et ce qu'on vit ailleurs peut aider à comprendre ce qui se vit ici. Tout prend de l'importance pour la vie des uns et des autres. Comme une solidarité de la destinée humaine exprimée dans les événements d'histoire. Les mages ont-ils existé ? ont-ils lu dans le ciel le signe de la naissance de Jésus ? sont-ils effectivement arrivés chez Hérode ? Le récit de l'Evangile de Mathieu est manifestement inspiré des prophéties du 3ième Isaïe où les rois de la terre afflueront avec leurs peuples et leurs trésors vers Jérusalem la glorieuse, habitée par le Seigneur de lumière. Et ce sera la fin. L'évangéliste qui s'adresse aux communautés issues du judaïsme, sûres de leur bon droit, essaie de leur faire saisir le sens de la conversion des païens au message de Jésus. Mt exprime la quête des peuples qui cherchent le chemin du salut. L'étoile inscrite dans le ciel signifie que le signe est donné à quiconque veut se mettre en recherche du sens. Mais si on veut aboutir dans sa quête, on rencontrera les Ecritures qui en montreront la finalité. Or ceux qui connaissent les Ecritures, doivent eux aussi, se mettre en chemin sans rester immobilisés dans leurs certitudes comme les scribes d'Hérode. Ensemble, les uns et les autres, par un enrichissement mutuel, découvriront la profondeur du mystère de Jésus qui n'épuise pas le sens que chacun peut lui donner. Ainsi, le salut n'appartient à aucun groupe particulier. Il est donné à tous. Les germes du salut sont disséminés dans le cœur de tous les hommes. Il convient dès lors de se laisser toucher par une présence qui anime tout homme et qui aide à comprendre son propre chemin. Si le chemin des uns éclaire celui des autres, tous peuvent se retrouver dans une même proximité, en allant au plus profond des choses. On peut ainsi s'ouvrir à un mystère qui nécessairement modifiera les perceptions qu'on en avait jusque là.
3- Concrètement, comment cela nous aide t-il pour aujourd'hui ?
D'un côté, la quête de sens est partagée par de plus en plus de nos contemporains : des jeunes et des familles quittent les grandes villes pour s'installer dans des zones où on vit de manière plus simple ; des interrogations se font jour dans le cœur de beaucoup face à la dégradation de l'environnement ; on est questionné dans le rapport à l'autre, à l'étranger, immigré ou sans papier : qu'avons nous de commun pour agir ensemble ?
D'un autre côté, beaucoup de personnes sont bardées de certitudes, y compris dans nos communautés. Elles se voient comme assiégées, sans perspective. Le conditionnement par les médias empêche d'avoir une pensée claire, car en même temps, on se sent démuni pour comprendre les évolutions ou engager de nouvelles décisions solidaires du destin des autres.
Le chemin possible est d'accepter sa propre vie comme les mages se fiant à la Providence, accueillant le quotidien dans ses imprévus comme un signe qui les rend proches du Seigneur manifesté au monde et chez les hommes. Finalement relever la tête et ouvrir ses bras à tous.
Demandons à Dieu la confiance basée sur lui et que rien n'ébranle ; que notre quête concerne sa présence en nous et en tous ; que le chemin soit ouvert et comble ceux qui cherchent.
11:00 Publié dans Homélies | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
vendredi, 25 décembre 2009
La lumière luit dans les ténèbres
Noël 24/25 décembre 09-« La lumière luit dans les ténèbres »-cf. Is 9,1-6 et 52,7-10; Lc 2,1-14 /Jn 1,1-18
Veilleurs, où en est la nuit ? Ainsi s'énonce un appel du prophète Isaïe, le grand visionnaire des temps troublés, prophète de Dieu. Car la nuit, chez lui, est la promesse de l'aurore. La nuit fut créée par Dieu en même temps que le jour. Nuit et jour en alternance pour la vie. Respiration sans laquelle rien ne pourrait résister. N'y a t-il pas comme une clarté dans la nuit habitée d'étoiles ? Ainsi la nuit évoque-t-elle le jour qui nécessairement viendra. C'est en pleine nuit que le Seigneur est né. En pleine nuit qu'il est ressuscité. En pleine nuit qu'à nouveau, il viendra. Nuit chargée de vie, nuit capable d'accueillir la vie, nuit qui transforme la vie. Nous accueillons ce soir cette vie, nocturne, qui a bouleversé la destinée de l'humanité. Simple et sûre, humble et douce, elle annonce la Paix, elle fait jaillir dans le cœur la joie.
Veilleurs, comment est née la nuit ? Par une parole, la Parole originelle qui a retenti, expression du Père, « Que la lumière soit ! ». Par une parole qui a porté la lumière. Une parole qui résonne doucement comme les rayons de la lumière caressant l'univers. Parce que cette Parole est la vraie lumière qui vient dans le monde. Cette Parole est allée au bout d'elle même, comme la lumière va au bout, sans s'éteindre. La parole, pas seulement une voix, pas seulement un écrit, la Parole comme vie humaine, s'inscrivant dans des paroles et des actes, dans des relations, dans un coude à coude avec le destin de l'humanité. Parole qui, avant de venir au jour, s'est longuement inscrite dans l'épaisseur de l'existence humaine, prenant le risque de la liberté, mais porteuse d'une espérance infinie : Jésus, c'est à dire, « Dieu sauve ».
Veilleurs, mais, qu'y a-t-il avant la lumière ? Avant, ce sont les ténèbres, le tohu-bohu, l'informe. Ce n'est pas le rien. C'est plutôt un immense obstacle. Comme un déjà là qui étouffe, qui empêche, qui ne veut rien laisser percer. Les ténèbres demeurent, pourtant elles n'ont pas réussi à étouffer la lumière. La lumière a lui, elle a vaincu cette obscurité sans clarté, elle a percé, elle a tout changé. Lumière fragile toujours menacée par les ténèbres, mais qui n'a pas été engloutie. Elle continue son chemin, cheminant des uns aux autres, réchauffant un cœur puis l'autre, illuminant l'un, vitalisant l'autre, transformant ceux et celles qui l'accueillent en fils et filles de la lumière. La lumière a vaincu le désespoir du monde.
Veilleurs, aujourd'hui, et pour demain, qu'y a-t-il vraiment ?
Il y a toujours les ténèbres. Il y a toujours la nuit. Mais s'il y a la nuit, il y a le jour. Il y a toujours la nuit qui espère le jour. Il y a toujours le combat contre les ténèbres qui menacent d'engloutir la lumière de la vie. Prenons garde de ne pas laisser prise aux ténèbres, car elles font entendre leur rumeur aujourd'hui plus qu'hier, peut-être. Les ténèbres sont contre la vie, sont contre l'entente, sont contre la foi. Elles s'opposent au Royaume de Dieu inauguré par Jésus. Elles sont présentes dans le cœur des hommes qui se laissent aller à leurs instincts, qui érigent des barrières, qui se ferment à la vie de leurs frères. Quand on force sur « l'identité nationale », quand on mise sur « l'argent », quand on ruse pour ne pas secourir les faibles, on laisse gronder les ténèbres en nous. Quand on ne saisit pas les moyens que notre conscience nous enjoint de prendre, pour modifier nos modes de vie, pour plus de simplicité matérielle, pour moins de consommation énergétique, comme si la planète créée par Dieu pouvait le supporter longtemps, nous prenons le risque immense de donner la victoire aux ténèbres. Or Dieu est toujours en création. Risquerions nous de devenir des dé-créateurs ?
Cependant, ne confondons pas les ténèbres avec nos nuits. La nuit, elle nous est présente, quand on est touché par la maladie, la pauvreté, la faillite de l'amour. Mais cette nuit est portée par la clarté de l'espérance. A chaque instant, la foi nous pousse à espérer, à recueillir la clarté qui vient. Il n'y a jamais de situation qui soit désespérée. C'est le symbole de Noël. Qui aurait pu croire qu'un jour, il y a plus de 2000 ans, dans une grotte retirée des business, des puissances, des grandes organisations y compris religieuses, naissait (au milieu des plus simples qui soient, les pauvres de Dieu, Marie, Joseph, les bergers) le Sauveur du monde ! Aujourd'hui, c'est dans notre cœur que le Sauveur veut naître. Au cœur de notre nuit, il vient et nous apporte sa Paix, sa Joie. Pour lutter vaillamment avec lui et espérer toujours.
00:00 Publié dans Homélies | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
dimanche, 20 décembre 2009
Comme une visitation
4e dim Avent C - 20 décembre 09 - Comme une visitation - cf. Mi 5, 1-4 ; He 10, 5-10 ; Lc 1, 39-45
1- La neige, nous visitant ces derniers jours est comme venue nous rappeler la fragilité de notre puissance, modifiant nos programmations et nous obligeant à plus de relations entre nous. Cette offensive du froid, paradoxalement, correspondait aux derniers moments d'une conférence cruciale sur le réchauffement climatique à Copenhague, où les chefs d'Etat de la planète, comme des visiteurs sans force, n'ont pas réussi à engager d'accord ambitieux, à la mesure des enjeux posés à l'avenir de notre humanité. Etre visité par les événements ou faire une visite, c'est toujours inclure une part de liberté pour accepter ce qui vient et se laisser transformer. Cela peut être une leçon : à quelques jours de Noël, ne recevons-nous pas comme une invitation à nous laisser visiter, et nous laisser transformer par le Seigneur ?
2- A un seul endroit de la Bible, on précise que le Messie allait naître à Bethléem. C'est le prophète Michée qui l'annonce, lors de son enseignement environ 700 ans avant JC. Michée est contemporain d'Isaïe et d'Osée, et présente Dieu venant consulter son peuple, l'invitant à la miséricorde et à la justice. Celui qui viendra, le Messie, tel un berger, rassemblera les frères dispersés. Pacifique, il conduira le peuple vers la sécurité car il est la Paix personnifiée. Mais il viendra, nous dit l'épître aux Hébreux, non comme un puissant dominateur, mais comme un humble qui accepte de faire la volonté de Dieu. Ainsi, il peut montrer une manière nouvelle d'être en relation avec Dieu, non pas exhibant des formes extérieures du culte, mais développant une attitude intérieure conforme à l'humilité de Dieu.
L'évangile nous donne à voir ce que peut être cette attitude intérieure conforme à l'humilité de Dieu, dans la scène de la Visitation. Marie qui vient d'accueillir la nouvelle qu'elle serait mère du Sauveur, court chez sa cousine Elisabeth. Le trajet est long. Le temps laisse mûrir intérieurement le mystère qui habite désormais la jeune femme de Nazareth. Cette visite n'est pas calculée. Elle est suite logique des événements accueillis dans la foi. Se laissant habiter par le Prince de la paix annoncé par Michée, et se laissant aussi transformer par la manière humble qui accueille la volonté du Père, elle est disponible à la rencontre. L'Esprit la travaille et c'est moins ses capacités humaines qui se manifestent dans la rencontre, que l'action de Dieu qu'elle laisse transparaître. Elisabeth vibre à cette rencontre si pleine de respect et de vérité. Comme si le simple mot de Marie la touchait, comme étant une parole venant de Dieu lui même, résonnant profondément dans être profond. Une résonance telle que c'est une allégresse qui jaillit. Allégresse de l'Esprit parce que la foi, relation confiante au Seigneur, accomplit des merveilles. Celle qui était stérile est comblée par sa maternité ; celle qui était simplement promise à un homme devient mère de l'humanité. Et cela se dit au cours d'une simple visitation.
3- Qu'est ce que ça veut nous dire pour notre aujourd'hui ?
Tout d'abord, l'importance des « visitations ». La visite que nous pouvons faire à quelqu'un est toujours une source de joie partagée. Et ses effets peuvent se prolonger, surtout quand celui ou celle à qui on rend visite est en attente, en situation précaire, isolé ou malade. En le vivant humblement, à la mesure de ce qu'on peut, en étant signe de Celui qui nous habite.
Ensuite, l'importance d'être soi-même « visité » par la Parole. C'est en méditant la Parole de Dieu, que nous en devenons plus familiers, plus sensibles au sens de la vie, plus proches de la manière humble de Dieu qui vient habiter les personnes. Peu à peu, on se comprend comme dépendants de cette Parole d'amour et non prétentieusement placés au centre du monde.
Enfin, ces expériences de visiter ou d'être visité prennent toute leur dimension quand elles sont vécues en communauté. La communauté est le lieu par excellence de la communication et du partage. Apprenons à le vivre et encourageons-nous mutuellement à la « visitation ».
Demandons à Dieu, dans cette dernière ligne droite avant Noël, que nous découvrions le vrai sens de cette fête, « visitation », et oser le partager à d'autres qui ne croient pas comme nous.
11:00 Publié dans Homélies | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
dimanche, 13 décembre 2009
Entrer dans la joie de l'attente
3e dim Avent C-13 décembre 09- Entrer dans la joie de l'attente- cf. So 3,14-18;Ph 4,4-7;Lc 3,10-18
1- Pour qui a éprouvé la joie d'attendre un événement heureux, comme d'être enfin enceinte, de décrocher son premier emploi, le retour d'un ami, etc... cette joie, c'est comme l'accomplissement d'un désir, porté jusqu'à son terme. Cet accomplissement nous fait oublier la souffrance de l'attente précédente, même si la joie est souvent accompagnée de douleur. Je connais une jeune maman actuellement enceinte du second : tout à la joie d'annoncer l'événement à sa meilleure amie, celle-ci, au lieu de la féliciter, a laissé éclater sa jalousie (pour une fausse couche mal supportée). Résultat, leurs relations sont rompues. Alors que la célébration de Noël approche, et que les événements nous offrent bien des raisons de ne pas nous réjouir, laissons-nous toucher par l'appel de la Parole à découvrir la vraie joie de l'attente du Sauveur.
2- Le Livre du prophète Sophonie a été écrit à une époque de transition (vers 630 av JC) où l'injustice et l'idolâtrie règnent dans la ville sainte, pour avertir d'un châtiment qui anéantira Jérusalem. Il annonce cependant, que l'espérance n'est pas morte, qu'un reste subsistera et que les nations païennes participeront au bonheur de ces humbles. Douleur de l'épreuve mais aussi joie intense d'une espérance en acte. Car Dieu vient lui-même imprimer de sa présence et renouveler ceux qui se disposent à l'accueillir. Saint Paul, aussi, invitera les Philippiens à expérimenter la vraie joie, au milieu des tribulations de leur temps. En se laissant pleinement habiter par le Seigneur, ils n'éprouveront aucune inquiétude mais certainement la paix et la joie qui viennent vraiment de lui. Quant à l'évangile, on voit en scène Jean Baptiste annonçant à ses contemporains la venue prochaine du Sauveur. Cette seule annonce devrait provoquer la joie. Or, l'état des auditeurs est tel que l'inquiétude prévaut : quoi faire pour être en accord avec la vie nouvelle demandée par le baptême ? Les foules, celles qui bientôt vont entendre la prédication de Jésus, les collecteurs d'impôts, ces pécheurs qui seront rejoints par la miséricorde de Jésus, les soldats, ces étrangers qui seront atteints par le salut universel apporté par le Christ, tous demandent quoi faire ? Rien d'autre que ce minimum à la portée de chacun : partager, ne pas exiger, se contenter de ce que l'on a. Ainsi, se trouve le chemin de la vraie joie, celle où on se libère des servitudes de l' « avoir plus », ou « gagner plus » en trouvant sens dans l'attente du Sauveur. Lequel n'est pas aisé à discerner (on le confond avec Jean), mais qui donne en abondance l'Esprit Saint pour que chacun réalise dans sa vie ces éléments de conduite qui donneront la joie intérieure. Cela n'évite pas les conditions difficiles de la vie (Jean Baptiste sera emprisonné) mais ces conditions ne sont jamais à un niveau tel, qu'elles empêcheraient de changer sa propre manière de voir ou de trouver sa joie dans une conduite différente de ce qui précédait.
3- Comment cela peut-il s'appliquer aujourd'hui ?
Tout d'abord, en nous interrogeant sur ce qui nous donne de la joie. La joie est plus profonde que le plaisir. Plus durable aussi. Ce n'est pas dans les choses matérielles que nous éprouvons la vraie joie, mais dans une manière d'être en relations. Avec les autres ou avec Dieu. Et cette joie nous enlève l'inquiétude, du présent comme de l'avenir.
Ensuite, la joie du cœur n'annule pas les difficultés de la vie. Mais elle permet peut-être de mieux les porter. Elle permet aussi de s'approcher de tous ceux qui souffrent, l'esprit paisible, de les écouter, et peut-être leur communiquer la paix qui console. Cela peut se vivre avec des tas de gens qui sont autour de nous, car ils sont nombreux ceux qui souffrent.
Enfin, en ce temps de l'Avent, nous sommes invités à porter cette joie de l'attente en communauté. En resserrant les liens communautaires, c'est un surplus de joie que nous expérimenterons. L'affection mutuelle, l'attention à l'autre, c'est encore une manière de vivre l'attente du Sauveur. Et chacun peut trouver ce qui conviendra au mieux à sa situation.
Demandons à Dieu de découvrir un peu mieux cet appel à la joie intense que les textes nous proposent aujourd'hui, sans nous distraire de l'aide à notre prochain qui est dans le besoin.
11:00 Publié dans Homélies | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
dimanche, 06 décembre 2009
Préparez le chemin du Seigneur
2e dim Avent -6 décembre 09 - Préparez le chemin du Seigneur - cf. Ba 5,1-9 ;Ph 1,4-11 ;Lc 3,1-6
1- Autour de nous, qui parle et qui prend la parole ? Ce ne sont pas les situations difficiles qui manquent pourtant, ce ne sont pas les occasions de prise de parole qui font défaut. Au cours de Semaines Sociales de France, qui portaient sur le thème des solidarités nouvelles, les membres d'ATD Quart Monde nous ont interpellé : on parle des pauvres, on parle sur la pauvreté, mais on ne laisse pas parler les pauvres ! Combien de discours de circonstance sont-ils inopérants, parce qu'ils ne proviennent pas de la profondeur de l'être et ne sont pas suivis d'actes. Ainsi les puissants qui les portent se trouvent-ils sans force, car la parole n'a d'effet que quand elle est portée par des êtres de vérité. Ainsi, en ce chemin de l'Avent, la parole nous rejoint car elle prend chair dans notre humanité.
2- En 1ière lecture, le prophète Baruch, dont le Livre ne se trouve pas dans la Bible hébraïque mais dans la Septante, écrit, un siècle avant le Christ, l'espérance du rétablissement de la Gloire de Dieu manifestée au milieu de son peuple éprouvé et dispersé. Aujourd'hui, c'est une ode à la Jérusalem nouvelle qui chante et crie de joie, à la vue de ses fils dispersés et exilés retournant vers elle à travers les chemins merveilleux d'un désert verdoyant. S'agit-il d'une parole de consolation pour faire patienter les éprouvés ? une parole de fausse promesse qui n'engagerait que ceux qui l'écoutent ? ou bien une vraie parole qui sera suivie d'effets parce qu'elle vient de Dieu et que Dieu tient toujours ses promesses ?
La réponse est donnée dans le passage d'évangile. Au cœur d'une actualité chargée, avec en panorama la description précise des tenants de tous les pouvoirs religieux, politiques, mondiaux de l'époque (grands prêtres, rois, gouverneur et empereur), la parole n'est pas adressée aux tenants de la parole officielle. Mais à un frêle jeune homme dans le désert, Jean, fils de Zacharie, un pauvre de Dieu. Et cette parole qu'on devine d'origine divine ne va pas s'adresser sous le mode ordinaire d'un message publicitaire. Mais comme un appel à la conversion, c'est à dire, un changement d'orientation du regard qui va renouveler de fond en comble le cours de la vie de ceux qui mettent en pratique cette parole. C'est le sens du baptême de conversion, aplanissant les creux et les bosses du cœur, remettant droit toutes les vanités et faussetés qui encombrent l'esprit et empêchent d'entendre vraiment cette parole qui fait vivre. Non dans un sens personnel ou individuel mais dans un sens communautaire. Ce ne sont pas des individus qui sont invités à changer, c'est une communauté humaine, solidaire de ses actes qui est invitée à préparer le chemin de Celui qui va venir, et on comprend qu'il s'agit de Dieu en personne. Dieu va s'exprimer avec puissance à travers la bouche des faibles qui ont laissé place entière à sa Parole. Pas n'importe quelle parole qu'on baptiserait trop vite « parole de Dieu ». Mais une parole de vérité portée par des êtres de vérité habités de Dieu.
3- Qu'est-ce que ça veut dire pour nous aujourd'hui ?
Tout d'abord, se laisser imprégner par cette parole qui vient de Dieu, c'est prendre au sérieux ce qui vient d'ailleurs et qui n'est pas l'émanation de soi-même. Cela nous invite à nous laisser atteindre par l'humilité de cette parole qui vient de Dieu.
Ensuite, lui laisser toute la place, c'est un peu s'oublier soi-même, c'est ne pas se prendre pour le critère ou le modèle de ce qu'il faut dire, penser ou faire ! mais rechercher et écouter l'appel permanent à changer de regard, d'attitude, de manière de faire. Aplanir les creux et les bosses de son cœur, c'est accepter de vivre dans une dépendance spirituelle de la Parole.
Enfin, cela devra se voir. La Parole de Dieu accueillie transforme le monde : on devient moins conditionné, on s'ouvre de plus en plus aux autres, et même, peu à peu c'est toute la forme du monde qui est renversée. Les pauvres deviennent premiers et la valeur humaine est au premier plan. Ainsi se prépare la venue du Seigneur pauvre et humain.
Demandons à Dieu, dans un élan nouveau, au milieu des morosités et des multiples raisons de désespérer, que nous sachions élever nos cœurs, pour accueillir ensemble Celui qui vient.
11:00 Publié dans Homélies | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
dimanche, 29 novembre 2009
Promesse de bonheur
1er dim Avent C - 29 novembre 09 - Promesse de bonheur - cf. Jr 33, 14-16;1Tess 3,12-4,2; Lc 21, 25-36
1- Au commencement de ce nouvel Avent, nous voici ramenés à l'essentiel, l'attente du retour du Christ. Or aucun organe de presse n'en parle ! Cela paraîtrait irréel tant nous sommes marqués par l'aspect médiatique des choses. Aujourd'hui, ce qui n'apparaît pas dans les médias est non-événement. Par contre ce qui remplit les médias a de l'importance. Et qu'est-ce qui a de l'importance ? la grippe, la disparition d'un artiste, les aventures des pipoles ? Est-on sûr que là soit l'important ? n'y a - t - il pas la vie des personnes à travers le monde, leurs joies, leurs peines, leurs espoirs, leurs solidarités, le courage, l'énergie, tout ce qui constitue la trame des jours où s'écrit en lettres de vie l'avenir de l'humanité ? Comme si une promesse nous était faite, un bonheur qui vient et qui porte le nom de l'avenir : le Christ !
2- Au cœur d'une situation désespérée, dans la Bible, voici le prophète Jérémie qui vient réveiller l'espoir du peuple. Non comme une espérance factice, celle qui endort les consciences, mais qui invite à voir au-delà des apparences, ce qui vient. En apparence, les troubles, les menaces militaires, les déportations, mais au travers de tout cela, une alliance nouvelle est en train de naître : l'alliance d'amour qui est dans le cœur de Dieu et qui rejoint le cœur des hommes. Et les hommes, dès lors, deviennent capables de construire une nouvelle ère de sécurité parce qu'ils ont reçu dans leur esprit cette capacité inouïe venant de Dieu, la venue du Messie qui sauve et qui fait régner toute justice.
L'Évangile rappelle cette alliance, en actes. Non seulement le Messie est venu, mais ses traces restent vives dans la vie des hommes qui ont été traversés par son passage. Ses actes de puissance, guérissant et renouvelant toute la vie, ses paroles habitées de force et de joie, ont transformé les disciples. Mais les oppositions furent tout aussi sévères et le règne de justice espéré ne s'est pas alors réalisé dans les formes attendues. Tout n'avait pas encore été renouvelé. Dans la trame de l'histoire, se réalise peu à peu cette transformation qui apparaît dans les bouleversements cosmiques qui font peur à beaucoup. En ces moments de troubles, le Christ donne une ligne de conduite d'éveil et de prière qui est une forme de l'éveil. Car son retour est un événement heureux, où toutes choses sont remises à l'auteur de toute vie. S'engourdir c'est rater l'événement et finalement disparaître. Etre en éveil permet l'attention à toutes choses, et comprendre ce qui vient. On peut être attiré par toutes sortes de distractions, on peut aussi à tout moment être mis dans un chemin de compréhension nouveau et radical qu'on peut appeler « conversion ». Dans cette conversion de l'intelligence une relation nouvelle prend la place de l'ancienne. La relation au Christ qui vient à nouveau, donne un sens qui était inconnu à la vie menée jusque là : une préparation à rencontrer debout, vivant, l'Amour personnifié.
3- En quoi cela nous importe-t-il dans notre aujourd'hui ?
Tout d'abord, comprendre que les événements du monde qui peuvent nous troubler sont à accueillir de manière active et non passive. On ne peut rester inactif. Pourtant, la plus petite des actions bonne contribue à grandir la responsabilité de l'humanité dans ce qui l'environne.
Ensuite, comprendre que toute action portera du fruit si elle prend sens dans nos capacités d'éveil et de prière. Trop d'actions sont sous-tendues par le calcul et la comparaison, elles ne sont pas généreuses, elles sont comme enfermées sur soi. La prière et l'éveil sous-tend les actions qui portent du fruit, parce qu'elles nous sont offertes par celui qu'on nomme Dieu.
Enfin, l'avenir n'appartient qu'à Dieu, et c'est l'appel à la foi. La foi encourage nos énergies à se disposer avec, en perspective, le bonheur du retour du Christ. Ainsi, toutes nos actions sont embellies, deviennent légères, nous préparent intérieurement à nous tenir debout pour le Jour qui vient.
Demandons à Dieu la foi qui chasse la peur grâce à sa présence au cœur de nos journées, pendant tout ce temps de l'Avent, le temps d'attente, le temps de la promesse du vrai bonheur.
11:00 Publié dans Homélies | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
dimanche, 22 novembre 2009
Le Christ Roi de l'Univers
34e dim B - 22 novembre 09 - Le Christ Roi de l'Univers - cf. Dn 7,13-14 ; Ap 1,5-8 ; Jn 18,33-37
1- En ce dernier dimanche de l'année liturgique, comme en une conclusion très étrange, nous est présentée la figure du Christ comme roi. Dans notre très républicain pays, on n'aime pas les rois !, même si on les envie, même si une certaine monarchie n'avait pas disparu. Le pouvoir apparaît alors comme une revanche sur l'état ancien d'une impuissance. Celui qui n'a rien, sauf l'ambition, devient potentat dès qu'il a une parcelle de pouvoir. Les rigidités qu'on déplore dans les entreprises l'illustrent. Les religions elles-mêmes sont décriées puisqu'elles veulent dominer et régenter, causant, dit-on, les guerres qui affligent l'humanité. Peut-on dès lors, espérer quelque chose d'autre ? peut-on souhaiter que l'humanité soit gouvernée pacifiquement ? la Bible nous enseigne en ce sens.
2- Au cœur des persécutions et des injustices provoquées par l'excès du pouvoir, c'est le Livre de Daniel qui met en oeuvre une autre Royauté : celle d'un être qui vient de « là-haut », avec les attributs de la puissance, qui ne sont pas ceux des puissances terrestres. Et identiquement dans le Livre de l'Apocalypse de St Jean. Celui qui vient « dans les nuées » n'a pas les manières dont se sont habillés les rois de la terre. Il tient de par lui-même dans cette souveraineté. Il n'a rien à se prouver ni à prouver. Il est simplement celui qui vient. Et il peut montrer sa toute puissance, comme une puissance d'amour, une puissance qui n'est pas dominatrice, comme une faiblesse consentie par amour. Et c'est bien sûr en Jésus, que s'est révélée cette manière extraordinaire de manifester l'autorité et la puissance. Au cours de toute sa vie, selon les Evangiles, il n'a rien exprimé d'autre qu'une attitude d'amour, c'est à dire le respect absolu de la liberté de l'autre, permettant à l'autre de croître en liberté, c'est à dire ce service le plus absolu qui autorise la responsabilité d'autrui. Et on peut se demander pourquoi il a ce comportement si différent du comportement ordinaire des hommes puissants. Parce qu'il a un fondement qui n'est pas construit sur la réalisation de soi ou de ses œuvres propres, mais dans l'accueil permanent du don du Père, ne gardant rien pour soi-même, mais le remettant toujours à l'auteur de tout don, et donc de toute puissance. Cette vérité éclate au cours du procès de Jésus devant Pilate. Lorsque le débat porte sur l'origine et le sens de sa royauté. Non sur le faire, mais sur l'être, comme un témoignage de la vérité qu'on porte en soi même. La vérité ne nécessite pas de s'imposer par des artifices de puissance. La vérité se laisse voir à mesure où on entre en elle, où on se laisse habiter par elle, non comme un trophée qu'on conquiert ou qu'on porte en bandoulière, mais comme un don qu'on accueille et qui fait grandir en humanité, en amour, en harmonie intérieure. Ainsi, ceux qui cherchent cette vérité découvrent l'humilité de la vérité, sa simplicité, sa petitesse, et ne peuvent qu'être attirés par elle et vivre au mieux en sa compagnie, quoiqu'il en coûte, car on y aura trouvé la pierre précieuse de la vie.
3- Qu'est-ce que cela veut-il nous dire pour notre aujourd'hui ?
Tout d'abord, entrer dans une perception de la puissance qui soit autre que celle que le monde ou la culture nous offrent. Car on est traversé par ces images de toute-puissance. Etant peut-être dans cette illusion de la toute-puissance. Il convient dès lors, de se laisser atteindre par ces images et les considérer comme faussées, empêchant l'épanouissement de la personne.
Ensuite, se laisser habiter par la forme de la puissance toute de faiblesse et d'amour que présente Jésus. Se laisser toucher par des figures de personnes qui se sont laissées habiter par Jésus, qui n'ont rien gardé pour elles mais tout donné. Par amour.
Enfin, là où je suis, agir pour l'être de la vérité plus que pour le faire de la puissance. Egalement, pour l'Eglise, lui permettre d'être heureuse de sa non-puissance, comme un message d'amour adressé au monde, pour que les hommes vivent non écrasés mais libérés.
Demandons à Dieu, qui est l'amour, qui est la vérité qui ne s'impose pas, d'éclairer nos comportements et nos vies, pour que nous rendions témoignage au milieu du monde.
11:00 Publié dans Homélies | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
dimanche, 15 novembre 2009
Mes paroles ne passeront pas
33e dim B - 15 novembre 09- Mes paroles ne passeront pas -cf. Dn 12,1-3;He 10,11-18;Mc 13,24-32
1- Dans les temps qui sont les nôtres, beaucoup de discours viennent nous interpeller avec leur allure catastrophique, offrant un espoir pour quelques uns seulement, pas pour tous. Le contexte de crise, avec la conjonction des différentes crises climatiques, économiques et autres, est un terrain tout trouvé pour tous les vendeurs de sens, qu'ils soient politiques ou religieux. Certains parmi nous reçoivent même chez eux des courriers des Témoins de Jéhovah annonçant les pires épreuves à ceux qui ne suivront pas leur chapelle. Souvent, on se risque à manipuler la Bible pour donner des révélations à ceux qui cherchent. Mais qu'en est-il vraiment dans ces passages de la Bible que l'Eglise propose à notre réflexion pendant tous ces jours de fin d'année liturgique ?
2- Parmi les grands types d'écrits bibliques, il est un genre qu'on appelle « apocalyptique », mot savant qui désigne non comme on le croit, ce qui est effroyable, terrible, ou grandiose, mais ce qui est révélé par Dieu pour vivre des temps difficiles. En gros, ces textes peuvent être datés de la période qui va de - 400 à + 200, c'est à dire à des moments difficiles de l'histoire du peuple de Dieu, avec des persécutions religieuses produisant des révoltes ou des ralliements à la puissance supérieure. Ainsi, le Livre de Daniel rappelle ici la destinée de ceux qui vont résister jusqu'au bout de leur foi. Avec la confiance d'être soutenus par Dieu dans leur épreuve, ils découvrent que la mort n'est pas la signature ultime de la vie mais l'entrée dans l'immortalité. On saisira que la figure ancienne du monde disparaît pour entrer dans un monde nouveau. Cette écriture influencera aussi fortement les premières générations de chrétiens persécutés tant par leurs frères juifs que par les païens. Ainsi, les évangiles comportent-ils des discours de fin des temps qui méritent d'être regardés de près. Car la fin d'un monde ne signifie pas la fin du monde. Des images très fortes sont employées car elles étaient connues des lecteurs. On assiste comme à une dé-création de ce qui a été créé. Et qu'est-ce qui a été créé ? la terre et le ciel. Et comment ? par la Parole. Cette Parole étant devenue Homme pour sauver tout ce qui conduit au mal, il devient normal que terre et ciel soient chamboulés pour que la Parole devienne première dans le monde. Finalement, les révélations à première vue catastrophiques de notre évangile sont en fait des révélations de salut. Seulement, c'est un salut qui, pour surmonter nos ténèbres, notre violence, notre péché, les traverse. Deux mots clefs du chapitre 13 de Marc doivent retenir notre attention : ils encadrent notre texte d'aujourd'hui : «Ne craignez pas » (v. 7 et 11) et « Soyez sur vos gardes, veillez » (v. 33-37). « Veillez », cela veut dire : ne vous laissez pas tromper par les apparences, c'est bien Dieu qui vient. Sa parole demeure toujours.
3- Qu'est-ce que cela veut-il nous dire pour aujourd'hui ?
Tout d'abord, les interrogations de chacun demeurent. Où va le monde ? où allons-nous nous mêmes ? d'autant plus que nous serions frappés d'épreuves personnelles et collectives. A l'annonce d'une maladie incurable le monde s'effondre. Quand tout ce qu'on a construit disparaît, on peut perdre ses repères. On a besoin de trouver du sens à ce qui arrive.
Ensuite, l'épreuve nous change. Elle révèle les personnalités, la vérité de ce qu'on porte enfoui en soi, entraînant une modification de la perception des choses et de la foi. On ne croit pas pareil. Il est important que ce à quoi on a crû et qui ne nous sert plus, tombe, pour entrer dans une foi basée sur la Parole de Dieu et non sur des approximations appelées à s'effondrer.
Enfin, ne gardons rien pour soi. La Parole nous invite à la partager, à comprendre avec les autres, à nous ouvrir et construire l'Eglise. Cette Eglise pourra être message pour aujourd'hui à la mesure où elle fait confiance à la Parole de Jésus. Invitée à tenir bon dans cette Parole, elle devient chargée de sens pour ceux qui cherchent le chemin de la Vie.
Demandons à Dieu de nous rendre plus attentifs à ce qui grandit qu'à ce qui tombe, pour croître en confiance en ses Paroles qui ne passeront pas.
11:00 Publié dans Homélies | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note




