dimanche, 01 novembre 2009

Toussaint, Fête de tous les saints

1er novembre 2009 - Toussaint, Fête de tous les saints - cf. Ap 7,2-4.9-14 ; 1Jn 3, 1-3 ; Mt 5, 1-12

1-         En ce jour si particulier où nous commémorons tous ceux qui nous ont précédé dans le Royaume de Dieu, je ne peux pas ne pas penser au Père Louis Jousseaume, curé d'Egletons, dont nous avons célébré les obsèques hier. C'était un homme aimé de tous, tellement que pendant la cérémonie, les commerçants de la ville avaient leur rideau baissé. Quelqu'un qui portait la joie, ouvert, bon, proche de tous. Quelqu'un qui invitait au témoignage de la foi, un homme pétri de l'évangile. Il a été sauvagement tué dans son presbytère par un déséquilibré. Lors de ses obsèques le P Charrier, évêque de Tulle, a mis en lien sa vie et sa mort avec celles de Christian de Chergé et de ses compagnons moines-martyrs de Tibhirrine, des hommes de bonté assassinés en Algérie en 1996. Et avec eux, combien de témoins de toutes origines ont-ils quitté cette terre de manière violente pour entrer dans le Royaume de Dieu ? Leur vie s'inscrit dans la destinée de Jésus lui-même, le Saint par excellence et aujourd'hui, ils sont dans notre horizon de fête.

2-         Tout comme ces foules immenses dont parle le Livre de l'Apocalypse dont nous avons écouté un extrait. Une immense liturgie, c'est à dire une action de Dieu, dans laquelle les témoins de l'amour, vivants, louent et adorent Celui qui est l'auteur de toutes choses, maître de l'histoire. Ils ont traversé les tribulations et les supplices produits par les puissances terrestres qui s'opposent à l'amour. Ils ont reçu d'être restaurés dans la lumière de Dieu, par le sacrifice de l'agneau, Jésus, qui s'est donné par amour jusqu'au bout. Ils entrent dans la joie de leur maître par un chemin inauguré par Jésus sur le mont des Béatitudes.

L'évangile nous donne quelques clés pour comprendre et accepter la destinée humaine qui devient capable de ce don de soi qui donne vie aux autres. La première chose que nous annonce Jésus est le bonheur, un bonheur qui n'est pas l'objet d'une conquête mais qui est un don. Un don qui ne fait qu'un avec la sainteté que nous fêtons aujourd'hui. Contrairement à d'autres textes, les Béatitudes ne sont pas à l'impératif : il n'est pas dit : « Soyez pauvres... Recherchez la justice etc. » Il ne s'agit pas d'une sorte de traité de morale mais d'une constatation, d'une révélation. Les Béatitudes, qui résument pourtant tout le message évangélique, ne prescrivent aucun devoir envers Dieu ou le Christ. Nulle part il n'est dit dans ce texte « Bienheureux ceux qui aiment Dieu par-dessus tout » ou « Bienheureux ceux qui suivent le Christ ». On retrouve ici quelque chose qui rappelle Matthieu 25,31-46, où Jésus révèle que ceux qui ont nourri leur prochain l'ont nourri lui-même. À leur insu. Ainsi les destinataires des Béatitudes, les déclarés bienheureux, peuvent être aussi bien des musulmans, des bouddhistes, voire des athées. L'Église n'a pas le monopole de la sainteté, mais le peuple des croyants au Christ sait et proclame que tous ceux qui n'adorent pas la richesse, qui souffrent, qui cherchent la justice, qui pardonnent... sont animés par ce Verbe qui fonde toute existence et toute vérité, et qui a pris visage humain dans le Christ.

3-         En quoi cela peut-il nous aider dans notre « aujourd'hui » ?

Tout d'abord, désirons cette sainteté, très fort, non trophée à conquérir mais grâce à accueillir. Le cœur humble en est le chemin. Il se vérifie dans le rapport qu'on a avec les autres, attitudes de compassion et de pardon, mais aussi de simplicité, de joie et d'attention.

Ensuite, la sainteté ne se vit pas tout seul, c'est dans une communion des saints que nous recevons cette sainteté qui vient de Dieu. Et cette communion se vit avec tous les autres frères de l'Eglise qui transcende toute « chapelle » ou toute limitation humaine.

Enfin, nous devons savoir que sur ce chemin nous rencontrons nécessairement des forces qui chercheront à annihiler les efforts pour inscrire l'évangile dans nos vies. Le don de soi vécu au jour le jour devient alors le don de sa vie, offerte et mêlée au sacrifice du Christ, le Béni.

Demandons à Dieu de recevoir l'honneur d'être compté parmi ses saints, dans ce quotidien parfois tumultueux, difficile aussi, mais transformé par le don de son amour pour chaque jour.

 

dimanche, 25 octobre 2009

Recevoir l'illumination

30e dim B - 25 octobre 2009 - Recevoir l'illumination - cf. Jr 31, 7-9 ; He 5, 1-6 ; Mc 10, 46-52

1-         Une famille a vu sa vie bouleversée par un accident de voiture qui a gravement blessé la maman. Elle est restée entre la vie et la mort plusieurs jours. Puis se remet peu à peu de ses blessures. Une somme de prières, de pensées, « quelque chose nous a gardé » disent-ils. Dans ce passage que tous effectuent dans la famille, on ressent que tout ne sera plus comme avant et surtout que quelque chose s'est dévoilé, qui était là mais qu'on n'avait pas ressenti, ni vu : une présence de vie. Et chacun de recevoir, à sa manière, une illumination qui modifie le sens de sa vie. Point n'est besoin de théoriser, c'est expérimental, comme si on entrait dans un mouvement qui porte au-delà de soi même. Ainsi l'expérience de l'illumination dans la Bible.

2-         Le Prophète Jérémie, né vers 650 av JC, fut l'homme des situations difficiles, témoin des différentes invasions militaires qui chamboulent l'état du Moyen Orient Ancien. Jérusalem sera mis à sac par Nabuchodonosor, sa population déportée par deux fois. Lui-même finira sa vie sans doute exilé en Egypte. Pourtant, il est l'homme qui voit autre chose, qui voit plus loin. Il a reçu l'illumination intérieure en traversant d'innombrables épreuves, personnelles et collectives, il a pratiqué une religion intérieure et cordiale avant de la formuler dans l'annonce de l'Alliance nouvelle. Ainsi, ce qu'il a vu de l'intérieur l'a transformé de plus en plus, pour s'en faire le témoin auprès de tous ceux qui doutent, leur communiquant une espérance qui ne déçoit pas. Le Prophète Jérémie a préparé dans les cœurs le chemin de Jésus.

C'est à la fin d'un long parcours que Jésus est arrivé à Jéricho. Il s'apprête à entrer solennellement à Jérusalem. D'ailleurs, la foule qui l'accompagne est encore pleine d'illusions sur lui et sur ce qui lui arrivera. Le parcours effectué en Galilée, autour du Lac jusqu'aux zones païennes, avait mené ses disciples à épurer leur opinion sur lui mais avaient-ils bien vu qui il est ? Les nombreuses personnes guéries, aveugles, sourds, muets, paralysés, ont-elles saisi l'origine de leur guérison ? Est-il un guérisseur, thaumaturge, comme il y en avait tant à cette époque, ou bien est-il autre chose ? Questions sans réponse, ce qui veut dire, pas de réponse positive. Sauf pour l'un, l'aveugle de Jéricho, assis au bord du chemin. Il est aveugle mais non sourd. Il entend. Et c'est son oreille, symbole de l'oreille du cœur, qui le met en mouvement. D'abord une interrogation : qui est celui qui passe ? La réponse de la foule « Jésus de Nazareth », il l'approprie en lui donnant une dimension nouvelle, royale, messianique « fils de David », il est illuminé de l'intérieur, bondissant comme une biche, se défaisant de tout son passé alourdi par les nuits de désespoir, il court vers le Christ, lui demandant une chose, « voir davantage ». Et c'est par la foi, comme par un capital de confiance qui s'est multiplié et reconnu par Jésus, que l'aveugle, désormais voyant, change le sens de sa vie, marchant à la suite de celui qu'il a découvert comme source de l'illumination.

3-         Qu'est-ce que cela peut nous signifier pour notre aujourd'hui ?

Tout d'abord, nous avons peut-être vécu des expériences profondes qui nous ont interrogé, mis en chemin, au-delà de nos questionnements pour nous remettre dans cet élan divin. Ou bien, ces expériences se sont-elles appesanties, enfouies dans notre mémoire ? Il est bon de les faire re-émerger, de les réactualiser, car elles sont expériences-sources irriguant notre vie.

Ensuite, nous rencontrons beaucoup d'obstacles qui nous rendent aveugles intérieurement, notre subjectivité, notre psychologie, des déceptions, des échecs, des souffrances, des haines aussi, haine de soi et des autres. Seule la mise à nu de ces supplices internes devant la source de lumière qu'est le Christ peut nous guérir.

Enfin, rien ni personne ne peut nous désespérer. Au cœur des plus grandes épreuves, l'illumination reçue continue à nous affermir. Ceux qui voient plus loin conduisent leurs frères sur un chemin qui rend libre.

Demandons à Dieu, d'être au cœur des préoccupations et graves soucis du monde, de ceux qui accueillent en eux la grâce de l'illumination, par la présence guérissante de Jésus vivant.

dimanche, 18 octobre 2009

Le service, valeur du Royaume

29e dim B - 18 octobre 09 - Le service, valeur du Royaume - cf. Is 53,10-11 ;He 4,14-16 ;Mc 10,35-45

1-         Presse et medias se font les rapporteurs quotidiens des diverses luttes pour la conquête du pouvoir ; sans être forcément âgé, ni très diplômé, on s'y lance volontiers. Et la crise qui a révélé les comportements dominateurs des grandes institutions financières ou autres, nous en montre la face cachée comme un tourment vécu par les plus faibles, allant jusqu'au suicide de ceux qui avaient tout sacrifié à l'entreprise. D'un côté « dominer », de l'autre « être broyé ». Cette logique du monde ressentie avec plus ou moins d'acuité peut nous enlever la capacité de réagir. C'est pourquoi elle doit être interrogée avec une grille de lecture autre. Les textes de la Bible présentés aujourd'hui peuvent nous y aider.

2-         Le Prophète Isaïe, en son second Livre, présente 4 poèmes à propos d'un mystérieux serviteur (écrits 6 ou 700 ans avant le Christ). Ce serviteur reçoit une mission de justice, de guérison, une mission universelle pour toutes les nations. Pourtant il connaît des difficultés, des souffrances, des persécutions. Mais surtout sa mission se vit à travers le sacrifice de lui-même pour son peuple, dans sa douceur, son silence,- alors qu'il porte le péché de son peuple, - son offrande de lui-même jusqu'à être rejeté, traité comme puni de Dieu, mis à mort sans qu'on se préoccupe de son sort. Mais sa glorification contre toute attente, son intercession pour les pécheurs, en font une figure énigmatique en laquelle les premiers chrétiens ont reconnu le Christ. Comme le Christ, il a été broyé ; comme lui, il a été glorifié. Mais pas à la manière du monde. Et cela ressort de tout l'enseignement de Jésus, et de ses actes.

Entouré de ses disciples qu'il avait choisis, Jésus va effectuer constamment ce passage de souffrance vers la gloire. Ayant volontairement renoncé à tout privilège, il n'est pourtant pas compris par ses amis, qui voient plutôt le succès et des miettes de gloire, de pouvoir et de revanche à récupérer. Ils réclament des places d'honneur ! Mais Jésus les prend au mot, car l'honneur, s'il y en a un, est de suivre jusqu'à la Croix le Messie martyrisé. Il ne leur fait pas la leçon, mais il les fait réfléchir sur le type d'engagement qu'on prend si on veut le suivre. Il s'agit d'acte libre et entre personnes libres, un chemin est engagé, celui de se libérer de toute domination sur l'autre. Non être servi mais servir. Ainsi libéré de ce souci aliénant qui est de vouloir toujours dominer, on peut grandir en liberté intérieure, jusqu'à devenir chemin de vie pour les autres. Lui-même, Jésus, comme en résumé de sa vie, donnera un message parlant par un geste tout de silence : cela se passera à la veille de sa mort, ayant aimé les siens jusqu'au bout, il prend un linge et lave les pieds de chacun de ses disciples. Le maître a pris la place de l'esclave et propose le même geste à effectuer comme sa mémoire vivante jusqu'à la fin. Jésus a pris la dernière place pour nous guérir de notre volonté de dominer.

3-         Qu'est ce que cela nous enseigne t-il aujourd'hui ?

Tout d'abord, les logiques du monde ne nous permettent pas de transférer immédiatement la pratique de Jésus - serviteur et de calquer notre comportement sur lui. Cependant, on peut s'essayer à intégrer patiemment quelques attitudes de service, en lieu et place des attitudes de domination qu'on aura repéré dans notre rapport aux autres.

Ensuite, la prise de conscience du changement de comportement ne peut être que l'œuvre de l'Esprit. Dans une perspective spirituelle, s'opère un renversement de valeurs. On ne recherche plus à dominer l'autre, comme attitude insatiable qui ne donne aucun bonheur qui dure. Le vrai bonheur sera de rendre heureux l'autre. Et cela est une découverte.

Enfin, ce ne sera pas dans des dogmes que se vérifie notre relation au Christ, mais dans des comportements inspirés par lui. Comme entre amis, la bonne influence jaillit davantage sur l'autre ; on se retrouve de plus en plus unis pour aussi modifier et transformer ces rapports de domination entravant le bonheur, que ce soit dans la société, la famille ou dans l'Eglise.

Demandons au Christ de nous faire goûter les vrais valeurs du Royaume, de les pratiquer, et de les partager autour de nous, comme un chemin qui donne par dessus tout la vie.

 

dimanche, 04 octobre 2009

Un appel, de deux faire un

27e dim B - 4 Octobre 2009 - Un appel, de deux faire un - cf. Gn 2, 18-24 ; He 2, 9-11 ; Mc 10, 2-16

1-        Parfois, les chroniqueurs nous font la description de célébrités rompant leur union. Le  plus souvent, cela se trouve tout proche de nous quand, dans notre propre famille, les séparations se font jour, ou bien quand on divorce soi-même. Un couple aujourd'hui dans notre société, a statistiquement cinquante chances sur cent de rompre. Une chose est l'accepter, autre chose est comprendre. Une troisième chose est engager un processus pour qu'il en soit autrement. Les textes présentés aujourd'hui nous mettent en plein dans le sujet.

2-        Nous en avons un exemple avec l'évangile de Marc. Dans le contexte dramatique de la montée vers Jérusalem, où Jésus scande les annonces de sa Passion à venir, les adversaires s'acharnent à le mettre en demeure de répondre. Comme ce type de questions qu'on pose non pour se renseigner ou obtenir une réponse, mais pour mettre en difficulté l'interlocuteur. Ici, il s'agit du problème de la fidélité conjugale. La question ne dit pas « comment rester en couple tout le temps » mais « a t-on le droit se séparer de son conjoint ». Et c'est encore plus insidieux : dans un contexte culturel qui rabaissait le statut de la femme à un niveau inférieur à l'homme, on pose la question du droit du mari à répudier sa femme. Un contexte où la femme n'a pas de droits sauf ceux octroyés par l'homme. Si ce type de société n'a pas encore totalement disparu aujourd'hui sous sa forme externe, le rapport interne homme-femme demeurera toujours déséquilibré si on ne comprend pas le sens profond de l'union. Ainsi, Jésus ne va se laisser enfermer dans une logique binaire du oui/non, mais va ouvrir la question selon deux significations. Premièrement, il s'agit d'aller à la signification de l'origine, en reprenant le texte de la Genèse, à l'acte premier du Créateur pour en comprendre le sens. On découvre dès lors, que la Création est bonne, qu'elle n'a pas institué de hiérarchie entre l'homme et la femme, que leur mission ce n'est pas de rester enfermé sur soi-même mais d'être toujours tourné vers la vie, que cette manière d'être permet d'être complémentaire l'un de l'autre. L'être humain, s'il est seul, demeure incomplet et son incomplétude est transformée par l'offrande de l'autre et réciproquement, pour s'unir profondément, et désormais demeurer toujours dans cette union. Cependant, l'union n'est réalisable que s'il y a au préalable séparation : « l'homme quittera son père et sa mère ... ». De deux ne faire qu'un, de manière définitive, appartient à l'homme, être de liberté et être de relation, habité de Dieu.

Deuxième signification de la réponse de Jésus, elle tient en l'usage des textes sacrés de la Bible et par extension des autres traditions religieuses. Quand on retire de son contexte un mot ou une phrase, on le manipule et on s'en sert toujours dans le sens d'un asservissement de la personne humaine. C'est au contraire, en regardant le projet global de Dieu pour l'homme qu'une expression peut être comprise pour ce qu'elle est et donner un sens qui soit vraiment libérateur. Toutefois, le sens dernier restera toujours au-delà des compréhensions immédiates et désignera l'orientation ultime vers laquelle s'avance l'homme créé à l'image de Dieu.

3-        Qu'est-ce que ça veut dire pour nous aujourd'hui ?

Tout d'abord, la question posée concernant l'union de l'homme et de la femme est toujours valable. Mais elle nous interroge sur le sens de nos fidélités, de nos engagements, finalement, de l'amour que nous portons, de la qualité de l'amour conjugal pour un équilibre harmonieux.

Ensuite, la nécessité de deux facteurs pour réussir cette harmonie : la vérité. On ne demande pas à quelqu'un d'être parfait mais d'être vrai. Est-ce que nos rapports homme-femme, nos rapports dans les couples sont construits sur cette vérité ? l'autre facteur est le temps, la durée.

Enfin, revenir à la source. C'est dans les commencements, au cœur de la décision, que se trouve le secret de la fidélité et de la longévité dans l'alliance. Cela suppose qu'on ne peut grandir en amour que si on veut que l'amour dure et se développe dans le respect de l'autre.

Demandons à Dieu, au cœur des chamboulements de la société actuelle, de réentendre son appel et de nous rendre signes de sa tendresse et de sa vérité.

 

dimanche, 27 septembre 2009

Naître ensemble

27e dimanche B - 27 septembre 09 - « Naître ensemble » - cf. Nb 11, 25-29 ; Jc 5, 1-6 ; Mc 9, 38-48

1-         Comment s'exprime une fraternité ? Le plus souvent, on est lié aux autres de manière naturelle par les liens familiaux, y compris au sens de la famille élargie ; on peut aussi se lier par une classe d'âges, ou une même origine géographique. On peut encore s'associer d'une façon moins naturelle, par des idées communes, ce qui supposera qu'on se connaisse, ou bien par un désir d'œuvrer ensemble. Se connaître, c'est en quelque sorte, « naître ensemble ». Ainsi, on pourra grandir ensemble. On pourra construire ensemble. Toutefois, rien ne pourra s'accomplir ni s'achever, si on n'y incluait une part d'imprévu, comme un accidentel avec lequel il faut compter ; comme s'il nous fallait aussi laisser la place à un agir providentiel. On le vit dans les expériences bibliques et c'est le message des textes d'aujourd'hui.

2-         Pendant la longue marche dans le désert, en quittant cette terre d'Egypte où les Hébreux étaient bien nourris mais vivaient comme des esclaves, il leur faut entrer dans un être de liberté. Le peuple doit « naître ensemble » à cette liberté ; et sans cette expérience fondatrice,  il mourrait. Mais cela n'est pas évident : car les 12 tribus sont plutôt nomades, chacune avec sa personnalité. Et avec elles, se sont agglomérés des tas de gens qui en ont profité, eux aussi, pour fuir la servitude d'Egypte. Comment s'unir, comment fonder ensemble ce Peuple ? Il y a bien Moïse, le libérateur, et ses aides, mais il est limité : un homme seul, même avec l'aide de ses proches, ne suffit pas à la tâche. Alors, naît une inspiration divine : partager son Esprit, pas seulement à ceux qu'on connaît, ceux qui sont déjà intégrés, mais à d'autres, qui sont restés dans le camp des gens du dehors. Ils « prophétisent » et Moïse se met à espérer que le peuple en son entier prophétise, lui aussi, c'est à dire, naisse ensemble à cet Esprit, devienne un peuple de prophètes, sans exclus.

Les Apôtres sont remis à ce même défi du « naître ensemble » avec l'expérience de personnes qui agissent au nom de Jésus, sans faire partie du groupe des fidèles. Car on ne naît pas ensemble quand on se ressemble, mais quand on est différent. Et quand on accepte cette différence comme une manière providentielle, on découvre les richesses divines enfouies dans le cœur des hommes. Et Jésus va aller plus loin dans la proposition du « naître ensemble » : quiconque vous reconnaît comme appartenant au Christ, ne serait-ce qu'en vous offrant le café quand vous lui rendez visite, devient associé à votre ensemble. Inutile, dès lors, de s'inquiéter de savoir qui est dedans, qui est dehors, car chacun peut être le signe de cette appartenance, quelles que soient ses limites ou ses compétences. En étant ainsi associé, on donne chance à laisser surgir ce qui est de meilleur. Et si par malchance, on se laissait à provoquer le scandale, il suffira de se détourner de ces conduites mauvaises en arrachant la source de ce mal et poursuivre le chemin vers le Royaume.

3-         Qu'est-ce que ça veut dire pour nous aujourd'hui ?

Tout d'abord, prendre conscience que « naître ensemble » suppose une décision de connaître l'autre, et se faire connaître à l'autre. C'est un effort pour se dépasser, s'ouvrir, s'accepter. On découvre ainsi les richesses qui n'étaient pas visibles à première vue. Et leur mise en commun enrichit l'ensemble de manière insoupçonnée. C'est comme un baptême.

Ensuite, découvrir qu'il y a au-delà de ce qu'on connaît, des personnes ou des groupes qui reçoivent eux aussi leur part de l'Esprit de Dieu. Il peut y avoir une difficulté à le reconnaître, mais Dieu agit toujours ainsi, en suscitant en d'autres lieux ce qui portera du fruit. C'est comme une confirmation.

Enfin, on construit ensemble ce qui est finalement l'œuvre de Dieu. Chacun a sa part. Tous en bénéficient. L'ouvrage peut paraître à son commencement. D'une manière invisible il se développe, avec aisance. On continue la construction. C'est comme une communion.

Demandons au Seigneur, pour l'année pastorale, de nous donner la grâce pour une meilleure connaissance mutuelle, ainsi pour bien construire Sa maison au milieu des hommes.

 

dimanche, 20 septembre 2009

Une ambition pour le Royaume

25e dim B -20 septembre 09- Une ambition pour le Royaume -cf.Sg 2,12-20 ;Jc 3,16-4,3 ;Mc 9,30-37

1-         En cette rentrée qui s'est faite à l'école, dans les entreprises, mais aussi dans les associations, et différentes organisations, avec quelles ambitions va t-on s'engager cette année ? Ne pas perdre son travail, réussir les études, trouver sa place dans la société ? Or, le contexte de crise économique a accentué la précarité de beaucoup et on ne peut plus être sûr du lendemain : les ambitions sont revues à la baisse. Est-ce qu'on peut mesurer sur quelle valeur on pourra construire notre futur ? Car sans perspective d'avenir, on ne saurait comment se diriger. Et si on regarde la Bible, que nous dit-elle ?

2-         Les Textes d'aujourd'hui nous invitent à bien comprendre quel type d'ambition anime les hommes. Les Livres de Sagesse mettent en scène les personnages du temps (ces livres furent écrits moins de 100 ans avant le Christ, influencés par les sagesses du monde antique) par exemple des justes injustement traités et des méchants ambitieux apparemment vainqueurs. Qui portera finalement l'espérance au monde ? Pour y répondre, il est nécessaire d'aller plus loin que l'apparence des choses. C'est aussi ce que Jésus va dire.

Au milieu de l'Evangile de Marc, un tournant s'est opéré. Après les chemins parcourus dans la « Galilée des Nations », Jésus s'est résolument tourné vers Jérusalem où se nouera son destin. Et dans cette marche vers Jérusalem, par trois fois, il annonce sa passion, sa mort, puis sa résurrection. Comme une dramaturgie qui verra son sommet sur le calvaire, quand le Fils de l'homme sera élevé de terre. Paradoxalement, les compagnons les plus proches de Jésus, les Douze, ne semblent pas au diapason de l'événement. Au contraire, ils n'entendent pas, ils ne comprennent pas. Que le juste soit persécuté les scandalise ; ce ne peut être appliqué à leur maître, ou bien, ils s'en amusent en jouant à celui qui sera le plus grand ! Leur ambition est bien terre à terre : sans saisir le moment pour ce qu'il est, ils veulent en créer un à leur mesure mais sans y parvenir, les discussions devenant stériles. Aussi, Jésus les interpelle-t-il doucement sur la véritable ambition, qui n'est pas dans l'ordre des priorités du monde mais qui est une parabole des valeurs du Royaume. Dans le Royaume, les plus importants sont les plus petits. Et il ne s'agit pas seulement de les imiter, il convient aussi de les accueillir, avec tout l'amour possible. Le type du petit, c'est l'enfant ; sans autonomie, mais aussi sans malice. Le reconnaître comme personne importante est comme s'engager dans une ouverture à l'autre pour le servir. A Lourdes, la petite Bernadette était vouvoyée par la Vierge, comme une grande personne et c'est cela qui l'avait d'abord vivement frappée.

3-         Qu'est-ce que cela veut-il nous dire ?

Tout d'abord, nous sommes invités à rester des personnes vigilantes et actives pour ressentir les implications des temps que nous vivons. Discerner ce qui est en jeu, ce qui est en germe, ce qui tombe et ce qui croît. D'une certaine manière, la Passion de Jésus n'est pas terminée. Elle est vécue par des tas de gens proches ou lointains qui souffrent moralement ou physiquement. Dès lors, nos réactions et nos comportements ont  beaucoup d'importance.

Ensuite, vérifier où se situent nos ambitions. Il y en a de saines, il y en a de malsaines. Quand elles sont tournées uniquement vers la satisfaction de mon petit moi, ou seulement étendu à mes êtres chers, elles ne peuvent être que limitées. Au contraire, quand notre ambition porte sur la réussite des autres, sur le soutien de ceux qui sont méprisés, la voie paraît meilleure.

Enfin, pour notre Eglise, pour notre communauté, un appel pressant se fait sentir concernant les relations entre tous les membres. L'accueil des petits : ce doit être une préoccupation constante. Et cela passe par de multiples formes. Le choix de la place du serviteur, non de manière superficielle ou voyante, mais profondément, par le cœur, de sorte que je prenne ma juste place et ma place de service, tout en valorisant l'autre, pour le bien de tous.

Demandons à Dieu de devenir les témoins actifs de la sollicitude de son amour envers les plus petits, lui qui a pris la dernière place pour ainsi se tenir pour le salut de tous les hommes.

 

dimanche, 13 septembre 2009

Identité profonde du Christ

24e dim B - 13 septembre 09 - Identité profonde du Christ - cf. Is 50,5-9 ; Jc 2,14-18 ; Mc 8,27-35

1-         Très souvent, quand on rencontre une nouvelle personne, on a envie de savoir qui elle est : nom, prénom, âge, adresse, profession, éventuellement, la famille, célibataire, marié, nombre d'enfants. Et quand on sait tout ça, on se dit, « ça suffit, je connais son identité ». Récemment, une personne encore jeune est décédée des suites d'un cancer. Elle n'a pas voulu qu'on parle du passé mais de l'avenir. Sa maladie, et sans doute son expérience, ont révélé d'elle d'autres choses que ce que son origine ou ses qualités professionnelles avaient montré. Car, par sa manière de vivre la fin (qui a duré quelques mois), elle a révélé son dynamisme intérieur et sa foi. Et cela ne se trouvait écrit dans aucune carte d'identité. Il en est de même dans les textes bibliques de ce jour, ce qu'ils nous disent en particulier à propos de Jésus.

2-         Dans le Deuxième Livre d'Isaïe, nous trouvons à quatre reprises, ce qu'on appelle « le chant du serviteur ». Israël ou un personnage mystérieux sont représentés par la figure du Serviteur de Dieu. Au retour de l'Exil, la foi d'Isaïe montre ainsi un Dieu d'amour, un Dieu sauveur parce que créateur, un Dieu universel, que l'épreuve de la déportation dans une terre étrangère mais ouverte aux croyances a révélé. Le serviteur condense en lui toute la destinée d'Israël. L'Elu, qui n'élève pas le ton, restaure les tribus dispersés, est signe de lumière pour les nations. Mais la persécution le frappe ; pourtant, sa souffrance et sa mort ont un sens dans le dessein de Dieu, puisqu'elles vont obtenir le pardon des péchés du peuple. Mais c'est à la fin que se révèlera pleinement la pleine identité de ce Serviteur, quand tout le parcours a été accompli. Et il faut le courage d'aller jusqu'au bout.

Il en est de même pour Jésus. Les premiers chrétiens avaient bien repéré dans l'image de ce serviteur souffrant de la Bible la destinée de leur maître Jésus de Nazareth. Mais comment ont-ils fait pour ne pas le comprendre tout de suite ? c'est que Jésus a voulu qu'on ne le connaisse que dans son humanité. Il est de Nazareth, charpentier, né dans une famille honorable. En se mettant en chemin avec les hommes de Galilée, il montre une autre partie de sa personnalité, il opère des guérisons et il enseigne dans les synagogues puis en plein air. Comme faisaient les prophètes, comme Jean Baptiste ou d'autres. Mais cela ne suffit pas pour connaître son identité. Car il révélera qui il est, à la fin, quand le drame de la Croix s'est profilé et qu'il donne sa vie par amour pour l'humanité. Quand Jésus pose la question de son identité, ses compagnons n'avaient pas compris ce qui adviendrait au bout de l'aventure. Seul Pierre prononce le mot de Messie (c'est à dire, Roi, Christ) pour l'identifier ; or jusque là nul n'avait utilisé ce terme pour désigner un homme particulier. C'est énorme. Mais pas suffisant, car pour connaître la véritable identité de Jésus-Christ, il faudra entrer dans sa manière de vivre le don de soi jusqu'au bout, y compris sa souffrance et sa mort. Pour entrer dans la Vie.

3-         Qu'est-ce que ça veut dire pour nous aujourd'hui ?

Tout d'abord, accepter la durée, le temps nécessaire pour entrer dans la connaissance de celui qui est à l'essence de notre foi. Si nous voulons connaître Jésus, c'est qu'une familiarité avec sa parole, ses actes, sa vie est nécessaire, avant de parler des conséquences sur nous. Inversement, si on croit bien connaître Jésus, vérifier s'il s'agit bien de Jésus des Evangiles et non une image que nous aurions construite à partir de notre imagination.

Ensuite, ne pas craindre de souffrir et même de mourir pour Jésus. Pourvu que cela soit par amour. On n'a pas besoin de chercher loin ces lieux ou ces occasions. La vie se charge elle-même pour nous les offrir, et aussi les personnes que nous croisons ici ou là.

Enfin, trouver du sens à tout ce qu'on découvre pour aller plus loin dans le témoignage. Seul Jésus donne le véritable sens à nos vies. Seul Jésus définit notre identité. Mais cela, nous le découvrirons à la fin. Entre temps, des traces seront semées pour en témoigner à nos frères.

Demandons à Dieu de nous rendre capables de l'aimer quelques soient les circonstances de notre vie. Et ainsi, recevoir de lui ce qui nous constitue profondément, être sauvé du mal.

 

dimanche, 06 septembre 2009

Ne craignez pas, voici votre Dieu

23e dim B - 6 septembre 09 - Ne craignez pas, voici votre Dieu -cf. Is 35,4-7 ;Jc 2,1-5 ;Mc 7,31-37

1-         Au cours de l'étape sur le Chemin de Compostelle vécue à la fin août par un bon groupe de paroissiens, il leur a été donné de voir, dans la plus grande simplicité, comme une présence de ce que nous appelons « Dieu ». A travers des rencontres, par exemple, et en écoutant des récits, sans s'en douter, Dieu parle au cœur. Dans la vie quotidienne, quand il faut assumer les divers services pour le bien-être de tous, Dieu se rend présent incognito. Dans la prière quotidienne ou la célébration, il se fait entendre dans une invitation à prendre du recul, à approfondir une réflexion, ou inciter à l'action. Des guérisons intérieures se manifestent quand on voit des jeunes enfermés sur eux-mêmes s'ouvrir aux autres ou des adultes fatigués retrouver un air de jeunesse. Ainsi, pas à pas, une présence vive se laisse sentir, pourvu qu'on ait des yeux pour le voir, ou se laisse entendre dans la musique de la vie.

Cela nous ramène aux Textes proposés aujourd'hui par la liturgie.

2-         Le premier Livre d'Isaïe compile des paroles du 8ième siècle avant le Christ, quand  l'Assyrie monte en puissance jusqu'à détruire le Royaume d'Israël du Nord en 721. Dans ce quotidien de combat incertain, ce sont les cœurs qui sont interpellés, pour bien saisir combien la présence de Dieu n'est pas apparente ; elle se fait visible en espérance. Les promesses de restauration de tout ce qui tournait mal, physiquement, moralement, ou politiquement, s'accompliront si le peuple prend confiance et courage dans l'adversité. C'est lorsque apparemment les conditions de vie deviennent intenables, qu'une chance est donnée à l'action providentielle, à condition que les hommes l'acceptent et la lisent comme telle.

Un effort semblable attend les contemporains de Jésus. En plein pays païen, dans un contexte où le juif Jésus peut se sentir libre, on l'interpelle pour guérir un sourd muet, c'est à dire quelqu'un qui est enfermé sur lui-même, qui ne peut communiquer avec personne. En désespoir de cause, ce Jésus qui passe, pourrait-il faire quelque chose ? Mais sait-on qui il est vraiment ? Jésus ne veut pas de manifestation voyante ou extérieure. Toute son attitude, prenant le sourd muet à part, lui communiquant par ses doigts et sa salive toute sa force intérieure, l'interpellant comme dans une prière « ouvre-toi ! », est de restaurer l'homme enfermé, dans une communication avec le monde et donc avec Dieu. Comme s'il appelait à la confiance et aussi au courage de sortir de son enfermement. Ce n'est qu'après coup que le cri d'admiration peut surgir des lèvres, comme pour dire que Dieu est passé par là sous la figure d'un homme simple qui s'est laissé interpeller et qui a donné ce qu'il était. La guérison visible, un muet qui parle, un sourd qui entend, manifeste une guérison plus profonde : l'intégrité humaine restaurée et une réinsertion sociale dans le monde dans lequel il lui faudra habiter désormais. Ainsi, très simplement, Dieu est passé, on l'a saisi, la vie s'est transformée.

3-         Qu'est-ce que ça veut dire pour nous aujourd'hui ?

Tout d'abord, comprendre que la vie n'est pas seulement horizontale, d'ordre uniquement matériel ; à tout moment, on peut être sensible à une autre dimension qui transcende le quotidien. Ainsi, on peut apprendre à y être attentif dans les rencontres, les paroles entendues, les événements imprévus.

Ensuite, ce qu'on peut appeler l'intervention de Dieu n'est pas forcément exceptionnelle ou étrange. C'est dans la trame de la vie que nous sommes visités par cette présence qui nous invite toujours à sortir de ce qui nous enferme. Une parole nous sortira, nous orientera, accepterons-nous de l'entendre ou bien préférerons-nous rester enfermés ?

Enfin, on peut être vecteur pour les autres de cette présence divine qui libère. A aucun moment nous ne pouvons nous désintéresser du sort de nos frères. Pourrons-nous engager, avec la force du Christ, ce qui permettra à un autre, à une autre, de grandir et d'espérer ?

Demandons à Dieu, de ne jamais désespérer nous mêmes, mais aussi de nous orienter dans l'élan qu'il nous offre et, avec Lui, avec la communauté, rendre visible sa présence vive.

 

dimanche, 23 août 2009

À qui irions-nous, Seigneur ?

21e dim  B - 23 août 2009 - À qui irions-nous, Seigneur ? - Jos 24, 1-18 ; Ep 5, 21-32 ; Jn 6, 60-69

1-         Au cours de cet été chaud et ensoleillé, coupure estivale avant la rentrée, nous avons mis entre-parenthèses la complexité du monde, et peut-être, renoué avec un mode plus simple des relations. Il ne s'agit pas pour autant de considérer ce temps comme un temps ordinaire, car se sont noués là, à l'occasion de rencontres avec des personnes nouvelles, en assistant à des événements festifs, ou simplement en profitant des moments de silence, comme des réponses à des questions qu'on porte au fond de soi. Et parmi ces questions, celle du sens : qu'est ce que je fais là ? est-ce qu'il faut continuer comme ça ? comment je peux envisager un avenir ? Ce type de questions traverse la Bible et aussi les Textes que la liturgie nous offre aujourd'hui.

2-         Au sortir de la traversée du désert et l'entrée dans la Terre Promise, environ 1200 ans avant le Christ, les tribus d'Israël s'installent difficilement sur la terre de Canaan. Cette terre était habitée par des populations avec leur organisation sociale et leurs croyances propres. Les tribus doivent-elles s'assimiler ou bien garder leur spécificité ? Bien sûr, le Livre de Josué a été mis par écrit très tard, puisqu'on parle de sa rédaction finale après l'Exil à Babylone au 6ième siècle. La réponse est laissée à la liberté de chaque tribu, en fonction de l'expérience qu'elle garde de l'action de Dieu. La question de Josué devient la leur : il leur faut entrer dans un choix pour Dieu, sans forcément être sûr de tenir leur engagement dans l'Histoire. Par un regard sur ce que Dieu a fait ou dit, on devient capable d'aller un peu plus loin avec lui.

Dans l'Evangile de Jean, le discours de Jésus sur le Pain de Vie va s'achever sur des paroles que les disciples trouvent intolérables. Parce qu'ils perçoivent matériellement le « manger la chair et boire le sang » ils ne comprennent pas qu'il s'agit là de la destinée de Jésus depuis le commencement. La finale du discours dit ce qui est avant même le discours : un acte de Dieu qui vient rejoindre l'humanité pour l'habiter jusqu'au bout. Il nous habite de chair et de sang pour que nous puissions lui appartenir. L'appartenance au Christ dépasse le rite, et même la « piété », pour nous faire accéder à ce qu'ils signifient : notre conformité avec ce que le Christ a été. Plus qu'une imitation : une communion au sens premier du mot. Telle est la seule manière d'être fils, images de Dieu dans et par le Fils. Il est unique, il n'y en a qu'un. En étant un avec lui, nous pouvons faire un avec tous les humains.

A ce niveau, très peu de disciples accepteront de continuer le chemin. Jésus ne cherche pas à faire du nombre. Il désire seulement que ceux qui veulent le suivre le fassent en connaissance de cause. Même Pierre dit « à qui irions-nous, tu as les paroles de la Vie », mais il ne comprend pas encore totalement ce que cela impliquera, c'est à dire, le don de sa vie comme Jésus la donne. Il le vérifiera au moment de la Passion.

3-         Qu'est-ce que cela signifie pour nous aujourd'hui ?

Tout d'abord, nous avons à comprendre quel est le sens de notre vie. A quoi tenons-nous le plus ? sur quoi voulons nous construire notre vie. Et si on va plus loin, sur quelles valeurs spirituelles je voudrais vivre ? lesquelles je voudrais transmettre ? est-ce que je suis prêt à faire des ruptures si nécessaire ?

Ensuite, je suis libre de répondre à l'appel de Jésus. Il ne cherche pas à faire du nombre ; il demande simplement qu'on prenne le même chemin de vie et cela constitue sa joie. Même sans être entièrement sûr de mon choix, qu'est-ce que je peux mettre en route comme changement dans ma vie, pour me mettre à la suite exigeante de Jésus ?

Enfin, le témoignage ne se fait pas par des paroles, mais par le sérieux avec lequel je donne sens à ma vie, qui est de s'oublier soi-même et de se donner aux autres. Cela ne constitue pas le projet du monde qui nous entoure, certes, mais cela peut donner du sens aux autres.

Demandons à Dieu qu'il continue à nous disposer à devenir chaque jour un disciple qui a compris ce que veut dire « suivre Jésus » et qui en témoigne autour de lui.

 

dimanche, 16 août 2009

Le Pain pour la vie du monde

20e dimanche B - 16 Août 09 - Le Pain pour la vie du monde - cf. Pv 9,1-6 ; Ep 5, 15-20 ; Jn 6, 51-58

1-         Après la célébration de l'Assomption de la Vierge Marie qui a tourné nos regards vers notre perspective future, nous sommes aujourd'hui invités à regarder notre conduite de croyants dans le quotidien de cette vie-ci. Car, si rien ne distingue extérieurement un croyant d'un autre, sauf à vouloir ostensiblement marquer sa différence par son physique ou sa tenue, le fait religieux devenant de plus en plus limité (la dernière enquête sur les croyances en France donne 41% de catholiques), les croyants sont tenus à bien comprendre ce qui les anime pour pouvoir en vivre. Les textes d'aujourd'hui peuvent les y inviter.

2-         La première invitation de ces textes concerne l'accès à la Sagesse. Qu'est-ce que la sagesse ? elle est recherchée ; en même temps, elle se dérobe. La sagesse n'est pas quelque chose qu'on acquiert par imitation ou par conditionnement publicitaire. Elle est un monde dans lequel on entre et qui donne à se connaître au fur et à mesure qu'on y avance. La Sagesse est la figure divine, sagesse créatrice, qui se communique pleinement à ceux qui ouvrent leur cœur à sa présence. Tant dans l'Ancien Testament que dans le Nouveau, la figure de la Sagesse est sollicitée pour que les hommes avancent dans la vie avec des comportements nouveaux, intelligents, réalistes, inspirés par l'Esprit Saint. Même s'ils se trouvent en porte-à-faux avec la musique du monde. Sans se retirer de leur engagement pour la conduite du monde présent, au contraire, ils donnent une note nouvelle, spirituelle, heureuse même, à leur vie et celle de leurs frères.

La raison en est le ressourcement dans la mort et la résurrection du Christ. Et c'est la deuxième invitation : cet événement mort/résurrection n'est pas un événement du passé mais une actualité permanente de la foi qui donne la ressource nécessaire pour conduire sa vie. Dans l'Evangile, Jésus parle expressément de manger sa chair, boire son sang. Bien entendu, il ne s'agit pas de manger et de boire matériellement le corps de Jésus. Les interlocuteurs de Jésus rejettent ses paroles parce qu'ils les ont prises au sens matériel. Manger la chair du Christ et boire son sang, c'est faire nôtre son humanité, sa manière d'être homme, ce qui nous conduit en fin de compte à partager sa divinité. Manger, faire nôtres, le corps et le sang du Christ signifie adopter, reproduire en nous l'amour qui l'amène à donner sa vie, l'amour tel qu'il est en Dieu et qui constitue son être. C'est croire que vivre en plénitude consiste, paradoxalement, à livrer sa vie pour faire vivre les autres. Bien sûr, ce don qui nous fait rejoindre notre vérité d'hommes ne passe pas forcément par une effusion de sang, par un supplice comparable à celui de la Croix : la vie peut se donner au jour le jour quand nous oublions ce qui nous avantage et choisissons ce qui peut mieux faire vivre d'autres humains. La célébration de l'eucharistie signifie que nous décidons d'entrer dans cette logique, de « manger de ce pain-là ». Alors, rassemblés par cet amour reçu de Dieu, nous devenons le Corps du Christ qui est l'Église, c'est-à-dire l'humanité réconciliée au-delà des violences engendrées par notre volonté de dominer. Ensemble, nous sommes la chair et le sang du Christ, aujourd'hui livrés aux hommes.

3-         Comment peut-on le mettre en pratique ?

Tout d'abord, accueillir l'invitation du Seigneur, d'une manière simple. C'est comme lui, se mettre à l'écoute de la Parole qui donne vie, et cette Parole nous surprend toujours.

Ensuite, accepter d'être dérangé dans ses certitudes, comme un chemin vers la foi, en renonçant à ce qui fait obstacle à l'amour et au don de soi. Cela conduit à une vie de témoignage qui donne du courage aux autres.

Enfin, se ressourcer dans la vie eucharistique, c'est à dire, ne pas avoir de crainte d'exprimer ce qui nous anime profondément. On n'a rien à prouver, mais on a tout pour aimer.

Demandons à Dieu, qu'en ces temps de renouvellement, notre communauté découvre davantage la sagesse de sa foi pour en vivre et la partager.

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