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jeudi, 13 septembre 2007
Nouveaux échos de la marche-pèlerinage vers Saint Jacques de Compostelle
Du 20 au 30 août 2007, s’est déroulée la 3e étape de ce grand pèlerinage que nous organisons sous la forme d’une randonnée au départ de la Collégiale d’Eymoutiers jusqu’au sanctuaire de St Jacques de Compostelle. Commencé en 2005, il s’achève en 2012, année du Millénium de la Collégiale.
Cette étape d’une longueur totale de 224 km parcourus à pied, a regroupé une quarantaine de personnes de tous âges et de toute la région, comme les années précédentes. Malheureusement quelques uns n’ont pu nous rejoindre au dernier moment et nous avons beaucoup pensé à elles et prié pour elles. Chaque matin, après un lever à 7h00, petit déjeuner puis temps de méditation avec le texte « Les marcheurs de Dieu » ou d’autres livres apportés par les participants, on s’élançait sur les chemins vers 8h30 avec un arrêt du midi, une nouvelle installation sous tentes vers 17h00, eucharistie pour les volontaires, auxquels se sont adjoints passants et villageois, surtout dans les lieux où la messe est rare. Dîner et veillée jusqu’à 21h00. Chacun a pu évoluer sur le chemin ; en voici quelques impressions.
Le premier jour, lundi 20 aout, fut consacré à l’acheminement d’Eymoutiers à Saint Antoine en car spécial. Nous sommes sur le terrain gersois que la municipalité nous a offert déjà l’an dernier. Les préparatifs ont été remodelés pour s’ajuster aux véhicules transportant vivres et bagages. Les plus jeunes du groupe ont 10 ans. De nouvelles personnes se sont rajoutées ; des anciens de 2005 sont revenus. Il faut reconstituer cet esprit de famille qui caractérise notre expédition et cela se fait très vite, dans la bonne humeur et l’entrain. Ultreia !
La traversée des départements du Gers, le sud des Landes, jusqu’en Béarn.
Le Gers est un département du Sud-Ouest chargé d’histoire. On est surpris par la variété des paysages, des villes, des sites les plus divers. La marche et son rythme permettent de contempler les lieux avec des yeux qui voient au pas à pas. Le chemin est balisé ; la fameuse coquille signale régulièrement carrefours et embranchements. Il suit le GR 65 et est en même temps la Voie du Puy qui joint cette ville au Camino Frances.
Tout d’abord, les paysages vallonnés nous font monter et descendre, surplomber, admirer, malgré le temps maussade des premiers jours, les nombreuses cultures qui s’étageront du nord-est au sud-ouest au fur et à mesure des avancées. L’arboriculture avec les pruniers, les champs de melons, les champs de tournesol fleuris. Et les vignes dans la région de l’Armagnac qui donnent du vin doux et des possibilités de distillation. Les champs de céréales ont été récoltés, bientôt recouverts de surfaces fourragères. Puis, tour à tour, les champs de haricot, de soja, de maïs. Les troupeaux de Blondes d’Aquitaine se font plus fréquents ; ça et là, des troupeaux laitiers. Nous traversons une région agricole qui a misé sur la variété de ses ressources, les valorisant au mieux pour la joie des consommateurs. La terre est « amoureuse », c’est à dire, elle colle à nos chaussures. Nous l’habitons ainsi. Elle nous habite aussi.
Le Gers, le département gascon aux 1000 châteaux, 750 églises, 6 cathédrales. Nous croisons les splendeurs médiévales. Un soir, nous admirons le site classé de Larresingle, une place forte du 11ième , lorsque nous couchons à l’ombre de ses remparts. La Collégiale de La Romieu avec son cloitre, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, nous accueille pour une célébration. Elle a été développée par les papes d’Avignon. Les villages avec leurs enceintes, leurs lavoirs et leurs marchés, les villes (Lectoure, Condom, Eauze) avec leurs cathédrales, nous les visitons, les apprécions. De multiples églises splendides avec leur cimetière environnant nous offrent un havre de paix, le temps d’une prière. Mais aussi les rendez-vous d’aujourd’hui avec le circuit de course de Nogaro, les fêtes des villages, parfois bruyants, toute une organisation pour découvrir les ressources d’hier et d’aujourd’hui.
Après le Gers, ce sont les confins de la Chalosse et du Tursan, cette partie vallonnée des Landes moins connue que la plaine des Pins. Les villages sont juchés sur les hauteurs, comme pour surveiller et se défendre. Après une journée de chaud soleil à traverser les champs de maïs, nous atteignons Aire sur l’Adour. Le camping est installé au bord du fleuve. Nous apprécions son calme avec la Cathédrale en réfection et l’église de Sainte Quitterie abritant le tombeau de la martyre.
Enfin, les coteaux riants du Béarn. Polyculture, élevage, les fermes sont plus fréquentes, les villages accueillants. On peut traverser une forêt de feuillus, prendre des chemins en côtes, traverser des ruisseaux et rivières. La marche, loin de ralentir, garde un bon rythme. On s’étonne d’avancer autant.
Ceux qui nous accueillent et ceux qui marchent.
Car sur la route, nous ne sommes pas seuls. Il y a ceux qui marchent et ceux qui accueillent. Dès la première journée, nous rejoignons le « groupe » de ceux qui vont à Compostelle. A Saint Antoine, le responsable du gîte a dénombré pour l’année, le passage de 35 000 personnes.
Il y a ceux qui marchent seuls. Ils viennent de loin : l’un est parti de Berlin le 1ier avril, à travers l’est de l’Europe puis l’Autriche et la Suisse, a rejoint Le Puy ; il prévoit d’arriver à St Jacques pour le 1ier octobre. Un autre vient de Belgique, un autre du Québec ou de Paris. Toutes les origines sont présentes. Quelques uns font le parcours pour la deuxième fois. Et puis, il y a les couples. La retraite arrivant, ils veulent faire le point. Beaucoup viennent d’Allemagne, du nord de l’Europe et même d’Australie. On rencontre aussi des petits groupes de 3, 4 ou 5 personnes. La plupart ont choisi une formule proche de la nôtre : effectuer chaque année une partie du chemin jusqu’à son terme. Nous nous croisons, recroisons ; parfois on se revoit au bout de quelques jours. Il y a comme une complicité spirituelle.
Et puis, il y a ceux qui sont sur le chemin et qui accueillent. Sans eux, la route serait plus difficile. Le premier soir, à St Avit Frandat, nous sommes au château des Chevaliers de Malte avec visite guidée et l’offre d’un hébergement. A Larresingle, c’est le tenancier de l’auberge, avec sa gouaille, qui nous ouvre largement salle et sanitaires. A Lamothe, le maire du village nous héberge dans les jardins de sa ferme, nous fait visiter ses chais et nous fait gouter les divers vins et floc d’armagnac de sa production. A Miramont-Sensacq, c’est Roger, le sympathique curé, dirigeant de rugby et chauffeur de car scolaire, qui nous passionne avec son témoignage une soirée entière. C’est enfin à Arzacq, l’accueil par l’équipe d’animation pastorale venue marcher avec nous les derniers kilomètres et partager après une belle célébration à l’église paroissiale, le copieux repas du soir servi dans les locaux de l’accueil municipal des pélerins de St Jacques.
Ainsi, on se découvre d’une même et grande famille, associés d’une manière ou d’une autre sur le « chemin ».
Le « chemin » travaille les cœurs.
Quand nous sommes partis en 2005, nous ne savions pas encore quel itinéraire serait le nôtre. Nous sommes partis aussi au nom de tous les paroissiens pour cette « longue marche » sachant que nos pieds et nos cœurs devaient s’ajuster à tous les terrains (physique, moral, spirituel). Ainsi, peu à peu, une communauté composée de personnes très diverses quant à leur origine, âge, sensibilité, conviction, s’est formée. Chacun prenant sa part de l’ensemble, certains plus que d’autres, mais toujours en fonction de ses compétences, volontés, capacités ou charismes. Il m’a semblé que le contact ouvert à d’autres, le respect de l’autre, l’écoute et le partage aidaient chacun à progresser et grandir sur ce chemin. Il continuera encore à nous travailler par ses beautés et ses surprises. Ultreia !
Jean-Michel Bortheirie
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