dimanche, 22 janvier 2006
Les temps sont accomplis, croyez à la Bonne Nouvelle
3e dimanche B
"Les temps sont accomplis, croyez à la Bonne Nouvelle" cf. Jonas 3, 1-5 ; 1 Cor 7, 29-31 ; Mc1, 14-20
1- En allant visiter les maisons d’un village, je découvrais une maison retirée, volets fermés ; en m’approchant je distinguais de la lumière. Frappant à la porte un monsieur d’une cinquantaine d’années m’ouvrit. Il me dit tout de suite qu’il est malade ; il est triste ; son cancer a été pris tardivement ; maintenant, chimio et radiothérapie à la fois. Ecoutant ses mots qui s’égrennent lentement, peu à peu, il parle de sa fille, de sa petite fille, il écoute mes mots, nous partageons ainsi un espoir. Plus tard, en me raccompagnant au dehors, il se met à ouvrir ses volets fermés ; il fait plein jour ; on se promet de se revoir ; il y a un léger sourire sur son visage. A aucun moment nous n’avons parlé du Christ ; mais au milieu de son désespoir, c’est comme si soudainement, la venue de quelqu’un l’avait disposé à entrevoir un autre possible. Ainsi, ce que nous avons vécu ce jour-là m’a fait penser aux textes d’aujourd’hui.
2- Dans la Bible, le livre de Jonas nous fait le récit imagé d’une transformation inespérée et totale de la grande capitale de l’Antiquité qu’est Ninive. Grâce à une vraie prise de conscience par l’appel et la prédication du prophète, qui du reste, n’en croyait pas tant, tous, du plus grand au plus petit, dans le jeûne et le vêtement de deuil, donnent le signe d’un profond changement dans les conduites de vie. Et saint Paul insiste aussi pour qu’on prenne conscience que le monde tel qu’on le voit est en train de passer. Un autre monde est à l’œuvre sous nos yeux, nous ne le voyons pas encore clairement mais il perce déjà et notre cœur se disposant à lui, nous met dans une situation toute nouvelle, comme si les anciennes habitudes et les conduites passées n’avaient plus de consistance ; on s’en détache sans effort parce qu’on a trouvé mieux, on a trouvé ce qui fait vivre. C’est cela même qui se produit dans l’évangile de Marc avec l’appel des premiers disciples au bord du lac. Jésus est ce personnage encore inconnu. Mais il porte en lui une force de conviction qui émane de lui et se diffuse de proche en proche. Ce n’est pas un discours construit qui attire, c’est un témoin, et un acteur à la fois, de ce monde nouveau qui démode soudain l’ancien. Avec lui, toutes les certitudes tombent, les situations bien assises s’écroulent, et tout devient simple en même temps. On se détache de tout parce qu’on a trouvé l’essentiel et la peine de la séparation n’est même pas ressentie. Plûtot une libération joyeuse de tout ce qui retient l’âme et l’aliène. Un seul appel et voilà, 2 hommes puis 2 (ça fait 4) quittent leur ordinaire pour se mettre derrière lui. Se convertir, c’est se retourner ; se détourner de quelque chose pour se tourner vers une réalité plus désirable. Les disciples savent ce qu’ils quittent, mais ignorent ce que sera cet avenir qu’ils choisissent. Mais ils font confiance totale à celui qui appelle (foi), ils les met hors de leurs horizons, sur un chemin d’espérance, car il est habité par un amour immense qu’il communique à chacun d’eux et les fait habitants de la terre nouvelle. Dès lors, ils seront capables, le connaissant davantage, d’agir à sa manière à lui et de rendre crédible la Bonne Nouvelle.
3- Qu’est-ce que ça veut dire pour nous aujourd’hui ?
Tout d’abord, et si nous ne sommes pas tout à fait sourds de cœur, un appel nous a déjà été adressé pour changer nos manières d’être, nos relations, ou notre attachement excessif au matériel ; il n’y a pas si longtemps que ça, peut-être. Qu’en avons-nous fait ?
Ensuite, ces changements opérés consolident en nous des convictions nouvelles, une certaine liberté, le dépassement de certaines peurs, ou bien des hésitations et des doutes demeurent. N’en soyons pas inquiet, car le chemin n’est jamais archi-droit.
Enfin, se rendre compte qu’on n’est pas seul. On n’est jamais seul. Des frères et des sœurs arpentent comme nous ces chemins de la terre nouvelle. Se joindre à eux.
4-Prions, pour que chacun, et spécialement s’il souffre, soit rejoint par un autre, comme un témoin de la Terre Nouvelle, qui ouvre son horizon et qu’ainsi, il entre sur un chemin de Vie.
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dimanche, 15 janvier 2006
Où demeures-tu ? Venez et vous verrez
2e dimanche B
"Où demeures-tu ? Venez et vous verrez" (cf 1Sam3 ; Jn 1,35-42)
1- En allant visiter des personnes dans une maison devant laquelle j’étais passé plusieurs fois, je fus surpris qu’après les conversations d’usage et le partage d’une tasse de café, le fils de la maison me fit visiter toutes les pièces, de la cave au grenier. Et je ne pus qu’admirer tout le travail qu’il y avait accompli avec son père : toutes les pièces étaient lambrissées, tout était rangé, des collections de petites voitures, d’avions ; tout, peinture, sanitaires etc. avait été refait par leurs mains dans cette vieille maison d’apparence toute simple vue de l’extérieur. Et tout d’un coup, cette visite me fit voir ces personnes sous un autre jour : travailleuses, soignées, entreprenantes, courageuses avec en plus un très bon climat et une entente familiale. Ainsi, comprend-t-on, c’est en entrant dans une certaine intimité qu’on peut connaître qqu’un.
2- Les textes d’aujourd’hui nous ramènent à cette expérience fondamentale de l’intimité qui donne à connaître. Le récit de l’appel de Samuel à une époque antérieure au Temple de Jérusalem, quand Dieu n’avait pas encore de place « assignée » par la religion, nous dit qu’il n’y a pas d’âge pour faire cette expérience de l’intimité. Samuel est enfant ; il est en éveil ; il entend un appel ; et c’est en laissant cet appel entrer en lui, par l’écoute de la parole vive qui résonne en son cœur, qu’il va enfin connaître qui l’appelle. Mystère de l’écoute qui va transformer sa vie et le faire prophète. Dans l’évangile de Jean, nous en sommes aussi dans les commencements. Et tout se passe de manière simple : montrer, regarder, écouter, marcher. Jésus vient d’être baptisé par Jean. Rien ne le distingue des autres mais le Baptiste va le désigner : il est celui qui se donne comme un agneau pour vaincre le mal. Loin de rebuter, cette désignation met en route ; et deux jeunes compagnons du Baptiste voudront connaître cet homme. C’est en partageant en quelque sorte son intimité qu’ils vont être convaincus qu’il est quelqu’un d’étonnant qui vaut le coup qu’on reste avec. Transformés par cette découverte, ils vont le dire à d’autres : leurs proches, leurs frères, leurs amis. Ainsi, à l’instar de Simon, d’abord par curiosité, ensuite par une démarche, ceux-ci vont franchir le pas pour entrer dans cette intimité. On n’est jamais amené au Christ par soi-même : quelqu’un nous y amène. Et le Christ, comme pour Simon, pose alors son regard, un regard d’amour qui est déjà la porte de l’intimité. Et dès lors, une révolution s’opère dans le cœur et l’esprit, plus rien n’est comme avant, on devient autre, car en le connaissant, on entre dans cette confiance qui supportera les épreuves sur un chemin inconnu à l’avance. D’où le symbole de porter un nom nouveau : « Simon, tu t’appelleras Pierre », tu n’es pas seulement l’enfant de ton père, tu deviens par cette expérience de l’intimité, le frère de tous.
3- Qu’est-ce que ça veut dire pour nous aujourd’hui ?
Tout d’abord, il n’y a pas de connaissance possible de quelqu’un si on en reste à ses apparences visibles. Combien de fois on se trompe sur les personnes parce qu’on ne les connaît pas vraiment, ou parce qu’on croit les connaître. Que de meilleures paroles on dirait sur les uns et les autres en les rencontrant plus longuement, en les connaissant davantage.
Ensuite, on ne peut pas connaître Dieu par la foi, si soi-même on ne se met pas en recherche de lui. Il faut le chercher pour le trouver et il se révèle à nous non pas de manière extraordinaire mais de manière intime. Il peut donner à chacun la preuve intime que c’est un Vivant, preuve que nous pouvons garder en nous comme la trace indélébile de sa présence.
Enfin, cette expérience de l’intimité fait de nous des missionnaires. Non pas encore une fois des gens extraordinaires, mais des gens qui très simplement, vont donner confiance à d’autres, donner envie à d’autres de se mettre à chercher, puis à trouver le secret de la véritable vie.
4- Prions pour que la Parole de Dieu que nous entendons, nous puissions davantage l’écouter, qu’elle nous fasse grandir davantage dans son intimité. Nous verrons alors les fruits non seulement en nous mais tout autour de nous ; car simplement, c’est Lui qui se révèle.
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Semaine du 9 au 15 janvier 2006
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dimanche, 08 janvier 2006
Épiphanie
"Une étoile s’est levée" (cf. Is 60, 1-6 ; Mt 2, 1-12)
1- Qui n’a pas trop le sens de l’orientation sait de quoi je veux parler. Lire une carte routière quand il faut se diriger sur des lieux imprécis, ou une carte IGN comme l’été dernier sur les chemins de Rocamadour où plusieurs interprétations divergeaient, ou encore quand on rate une des indications de « michelin.com », c’est la panique et s’installe le doute d’arriver à destination à temps. Les touaregs, par contre, m’a t-on dit, se dirigent la nuit dans le désert avec plus de patience en se fiant à la carte du ciel. Mais toujours, il s’agit d’atteindre le but ; but d’un voyage où on va se retrouver avec d’autres, où on va rejoindre un lieu donné qui fait oublier les efforts mis pour y arriver. Cela nous rappelle l’Epiphanie que nous fêtons aujourd’hui.
2- Dans la Bible, très fréquemment, nous sont proposés ces moments de marche : un homme, une famille, un groupe, un peuple, des peuples se mettent en route parce qu’ils ont vu à travers l’invisible une clarté, ils ont ressenti au-delà de leur quotidien un appel, ils ont entendu dans le secret qu’il fallait se dépasser. Moments troublés : exode, exil ; moments d’aventure : nouveaux espaces, nouvelles terres ; moments de joie : retours ou re-départs. Et puis, des moments rêvés : les peuples, éparpillés se rassemblent en une Jérusalem resplendissante de joie qui brille de la présence et de la gloire du Seigneur. Le Livre d’Isaïe se fait l’écho de l’enthousiasme de ces peuples rassemblés. Beaucoup plus discrètement et peut-être de manière plus réaliste, Matthieu dans l’évangile nous présente ces peuples sous la figure de mages venus d’Orient. Ce n’est pas une voie rectiligne qui les conduit au but, mais de nombreuses lignes courbes qui parfois s’effacent. Ce n’est pas la Jérusalem triomphante qui les accueille, mais le siège d’un despote qui n’hésitera pas à faire massacrer les enfants. Ce n’est pas un palais rutilant qu’ils trouvent finalement, mais une humble étable habitée par des personnes toutes simples et parmi elles celui qui porte la vraie Présence. Saisis par cette simplicité en laquelle tout homme peut se retrouver, ils comprennent que la figure de ce vrai Roi est dans cette étoile qu’ils ont vu se lever non pas dans un ciel abstrait mais dans leur cœur et dès lors, il les accompagnera partout, comme sur ces autres chemins qu’ils prendront désormais. Par une expérience profonde où toutes les certitudes y compris celle de leur propre quête sont tombées, les mages de l’Epiphanie symbolisent le chemin des peuples et des cultures à la rencontre du Christ. Car c’est finalement le Christ qui rencontre ces peuples et ces cultures quand son étoile se lève en leur cœur élargissant l’espace et les ouvrant à l’amour.
3- Qu’est-ce que ça veut dire pour nous aujourd’hui ?
Tout d’abord, chacun de nous a un chemin à parcourir dans sa vie. Ce chemin n’est pas toujours choisi. Il y a des passages clairs et on est joyeux. Il y a des passages difficiles et on est en peine. Parfois les passages difficiles paraissent longs, même interminables. Ne pas oublier alors que ces moments se changeront en mieux avec l’amour reçu et donné.
Ensuite, quand on se trouve déboussolé, on a besoin des autres pour reprendre son chemin. Les mages ont eu besoin de demander leur chemin. N’ayons jamais peur de demander secours : un frère inattendu marchera à nos côtés le temps qu’il faut.
Enfin, reprenant tous ces moments, ne peut-on voir ce qui nous a fait avancer ? Cette étoile qui s’est levée en nos cœurs, n’est-elle pas élan et dynamisme, ce qu’on appelle la foi ? Qui nous accompagnera quoiqu’il arrive, apparemment cachée, toujours discrète mais bien réelle. C’est elle qui nous met à la rencontre de l’autre, différent, étranger et pourtant frère.
4- Prions pour qu’en ces temps parfois obscurs pour beaucoup de nos proches, nous sachions, avec le Christ, laisser passer un peu de cette lumière étoilée ; qu’elle guide ceux qui sont en peine, qu’elle ouvre ceux qui se ferment, qu’elle dynamise ceux qui se fatiguent. Parce qu’Il est présent désormais, lui, le Christ, et se manifeste à chacun et à tous.
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dimanche, 01 janvier 2006
Jour après jour, deviens ce que tu es
Ste Marie Mère de Dieu
"Jour après jour, deviens ce que tu es" cf. Lc2,16-21
1- à l’heure des Vœux, qu’on souhaite de tout cœur les meilleurs pour les jours et les moments de l’année qui débute aujourd’hui, qu’il est bon d’ouvrir d’abord les yeux sur l’enfance, toujours pleine de promesse. En visite ces jours-ci dans une maison, une petite fille est gardée par la dame qui m’accueille. D’abord timide et réservée, elle viendra me montrer au cours de la conversation, une grande feuille avec de multiples couleurs peintes et de beaux gribouillis dans tous les sens. Amusé, je lui décris donc une vache, un cheval qu’elle répète après moi mais ajoute en me montrant du doigt une partie de la feuille, « le chien ! ». Au moment de partir, elle refuse mes câlins mais quand je franchissais la porte, elle court m’offrir sa peinture et acceptera en retour un bisou. Ainsi, me disais-je, cette enfant est venue offrir non pas un gribouillis mais un monde, transformé par le regard partagé. Pense-t-on qu’il suffit d’un changement de regard pour que viennent au jour toutes les potentialités cachées et même enfouies ? les textes d’aujourd’hui nous invitent à mieux comprendre cette perspective.
2- c’est par la méditation des événements, c’est à dire par leur relecture, avec le recul qui permet un approfondissement que prend sens tout l’immédiat, tout ce qui passerait et disparaîtrait sans être compris. Ainsi, dans l’Evangile de ce jour de l’An, en rapportant le retour des bergers et la circoncision de Jésus 8 jours après sa naissance, où on lui donne son nom, ce qui frappe, c’est à la fois l’explosion missionnaire (les bergers racontent et repartent glorifiant et louant) et à la fois, l’expression d’une contemplation (Marie retenait tous ces événements et les méditait dans son coeur). Quel est le sens de cette méditation ? il s’agit pour Marie, d’abord d’accueillir. Comme elle a accueilli l’annonce de l’ange, elle accueille la venue de cet enfant. C’est bien sûr son enfant ; mais il est davantage ; il doit devenir Fils. Fils de Marie et Fils de Dieu tout à la fois. Il s’agit aussi pour elle de comprendre. Et il ne peut pas devenir fils si la mère ne prenait sur elle en quelque sorte de faire distance, de laisser de l’espace pour qu’il grandisse en liberté et qu’il devienne vraiment ce qu’il est. Et la mère, dans ce même mouvement devient elle aussi ce qu’elle est, non plus la mère d’un enfant, mais la mère d’un Fils, la mère du Fils de Dieu. La suite de la réflexion chrétienne illuminée par la résurrection du Christ nous fera comprendre que ce Fils de Dieu est Dieu lui-même. Et donc, au bout du compte, dans une durée, elle devient, non pas par sa capacité personnelle ou par ses gènes, mais par ce que Lui la fait être, elle devient mère du Fils, Mère de Dieu.
3- qu’est ce que ça peut vouloir dire pour nous aujourd’hui ?
Tout d’abord, il s’agit de ne pas laisser passer les événements sans les comprendre. Or, combien de moments importants passent, combien de rencontres ne laissent pas de traces, parce qu’on n’y revient pas dessus. Il suffit pour cela, le soir par exemple, de revoir sa journée en pensée, de présenter au Seigneur dans sa prière les personnes rencontrées etc. et aussi en parler avec d’autres ou les noter dans son petit carnet. C’est une méditation.
Ensuite, analyser qu’est ce qui change en moi. Ce qui est changé. Il y a toujours du changement, il y a toujours une découverte. Il y a aussi quelque chose qui se révèle. Et même à 70 ans, des potentialités cachées peuvent émerger que je ne connaissais pas en moi.
Enfin, mettre en œuvre quelque chose. La méditation nous conduit à nous comprendre différents ou en devenir, mais aussi à voir les autres sous un meilleur jour, et tout d’abord ceux qui me sont les plus proches : le conjoint, le parent, l’enfant, le voisin, l’ami, l’étranger etc. Agir aussi pour aider l’autre jour après jour à « devenir ce qu’il est ».
4- Prions en ce tout début du nouvel an, que cette nouvelle année soit pour chacun l’occasion d’un véritable renouvellement intérieur capable de dynamiser la grisaille des jours et surtout de partager sans faiblir l’espérance qui nous fait vivre. Demandons le au Christ et par lui, demandons le à Marie, sa Mère.
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